Portrait d’un prince à la tête baissée

Il était grand et svelte. Il portait le chapeau et ça lui allait bien. Ce couvre-chef le rendait élégant et était devenu son meilleur compagnon depuis qu’une calvitie précoce l’avait affecté. Être âgé d’à peine vingt ans et voir la majeure partie de sa chevelure disparaître l’avait beaucoup éprouvé, à l’époque. Sur son nez, qu’on qualifierait d’aquilin, reposait une paire de lunettes foncée à la monture trop épaisse qu’il avait pris l’habitude de remonter d’un geste preste de la main quand celle-ci glissait.

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Origine photo : Pinterest

Il vivait dans le midi de la France, près d’Avignon, depuis que « les événements » l’avaient contraint à fuir le Maroc avec femme et enfants. Leurs nouveaux voisins les appelaient familièrement « les pieds-noirs ». Lui, ça ne le dérangeait pas, il y avait des choses plus graves dans la vie. Voir sa femme, souffrant déjà d’une sévère myopie, perdre l’usage de son œil droit en était une. Une chose grave aussi était d’avoir subit une trachéotomie pour avoir trop aimé la cigarette. Penser que ses futurs petits-enfants n’entendraient jamais le son de sa voix mais celle d’un appareil électronique ne l’enchantait guère. Comment aurait-il pu imaginer qu’ils trouveraient drôle que leur grand-père ait la même voix que Nono le petit robot ?
Quand on entrait dans son salon, on comprenait au premier coup d’œil quels pouvaient être ses passe-temps favoris. Sur le moindre bout de mur, une multitude de puzzles et de canevas étaient encadrés. Sur les étagères de son buffet, de curieuses créations attiraient le regard. Elles étaient faites à partir de pinces à linge en bois dont il avait ôté les ressorts puis qu’il avait collées les unes aux autres pour former des objets hétéroclites. Outre ses activités manuelles, il s’adonnait aussi à la lecture et aux mots croisés, confortablement installé dans son vieux fauteuil tandis qu’à côté de lui, toujours à portée de main, trônait son arme préférée : la tapette à mouches.
À une époque où les tâches ménagères incombaient le plus souvent à la femme, lui faisait figure d’exception. Chevalier servant, il balayait, lavait, repassait, reprisait. Un torchon sur l’épaule, le tablier autour de la taille, il cuisinait des plats aux saveurs méditerranéennes, réminiscences d’un passé pas si lointain, d’un pays qui embaumait les épices. Sa femme l’aidait tant bien que mal, accablée qu’elle était par une vision déclinante.
Chaque matin, il allait faire les courses au petit supermarché du coin. On pouvait le voir tirant derrière lui son cabas sur roulettes, marchant lentement, la tête baissée. Seuls ses proches connaissaient la raison qui le poussait à arpenter les rues de cette démarche nonchalante les yeux rivés sur le bitume. Loin d’être un signe de timidité, de tristesse ou de réflexion profonde, sa posture était motivée par l’espoir. Le même espoir secret qui le poussait, régulièrement, à faire des pronostics pour gagner un jour au Loto. L’espoir de découvrir, là, sur le sol, une petite piécette, quelques centimes de Francs que d’autres, négligents ou distraits, auraient fait tomber. Quelques fois, sa quête se révélait fructueuse et son petit porte-monnaie noir, petit-à-petit, s’arrondissait sous le poids du métal doré. Sa meilleure prise était, sans aucun doute, celle du jour où il avait remarqué un billet de cent francs collé sous la semelle d’un homme qui faisait la queue à la caisse du supermarché. Discrètement, il s’était approché un peu plus près, avait posé le bout de son pied sur le morceau de papier qui dépassait et attendu. Et ce qu’il prévoyait se produisit, quand son voisin avança d’un pas, le billet se décolla de sa chaussure et il ne lui resta plus qu’à se baisser pour le ramasser d’un geste vif.
Si au Maroc, lui et sa famille vivaient bien, en France, leur arrivée inopinée les avait contraints à avoir recours aux services du Secours populaire. Pour cet homme fier, cet abaissement avait été une véritable épreuve qu’il avait essayé de camoufler sous des vêtements toujours propres et dignes, portés avec un maintien princier.
Car un prince, c’était bien ce qu’il était à mes yeux. Un prince épris de justice et de droiture. Un rêveur idéaliste convaincu mais que la marche folle du monde avait fini par désespérer, lui qui se moquait de la politique, de ces hommes qui prétendaient sauver le monde à coup de promesses. Promesses aussi vite oubliées que prononcées. D’ailleurs, il en était venu à déserter le Journal de vingt-heures, les journaux et autres sources de mauvaises nouvelles. Prince impuissant, son âme était en souffrance.
Il était un homme à la tête baissée, un prince à la recherche d’un idéal. Il était mon grand-père. Quand, par un beau matin de printemps, il décida de quitter ce monde, il laissa une petite-fille de douze ans seule et désemparée, la tête déjà remplie de son souvenir.

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Ça fait si longtemps…

Ça fait si longtemps que je n’ai pas pris la plume…

J’ai l’étrange impression de ne plus savoir écrire. Comme un enfant qui aurait passé des années sans faire de vélo et qui soudain se sent vacillant juché sur sa selle, je me sens gauche et hésitante.

Il y a des périodes comme ça dans la vie. Des périodes pendant lesquelles on délaisse une chose aimée avec passion pour s’étourdir dans d’autres choses plus légères afin de ne plus penser, afin de ne plus souffrir…

Mes mots sont le reflet de mon âme. Ils expriment mes sentiments les plus profonds. Ils sont si forts parfois que les larmes me viennent et que mon corps frissonne.

Ors depuis la série d’attentats que notre pays a vécu et que le monde vit encore, mon âme est en plein désarrois. Et j’ai peur. Peur de vous infliger des mots gris plutôt que des mots roses.

Je ne veux pas, par mes mots, par mes états d’âme, ajouter à la morosité ambiante. Car personne n’a besoin de ça aujourd’hui. Personne ne veut plus de tristesse qu’il n’en a déjà.

Je dis souvent que je ne suis décidément pas faite pour vivre dans ce monde là. Il est bien trop brutal, bien trop cruel pour la femme idéaliste que je suis.

Alors, je reste dans ma bulle. Je profite au mieux de mes proches, de mes amis et je crée. Je me concentre sur les choses belles de l’existence et j’essaie d’oublier tous ces cris et ces souffrances.

Mais faire l’autruche n’est vraiment pas mon fort et mon affliction est bel et bien réelle et pesante…

Tout ça pour dire que je ne vous oublie pas, que j’aimerai écrire des choses plus légères et plus gaies mais que je n’y arrive plus et que c’est pourquoi je m’abstient.

Ai-je tort ou raison ? Je ne sais…

Prenez soin de vous et des vôtres.

Allez, sourions à la vie !

Il y a des gens comme ça…

Des gens qui ont peur du bonheur, qui s’interdisent d’être heureux.

Des gens pour qui le blanc devient gris puis noir.

Pourquoi compliquer ce qui pourrait être si simple ?

Pourquoi voir le verre à moitié vide alors qu’il est à moitié plein ?

Je ne sais que dire, que répondre…

Quand on a tout pour être bien pourquoi se sentir si mal ?

Avons-nous besoin de la souffrance pour se sentir vivant ?

La douleur du cœur est-il le piment de nos vies ?

Je ne comprends rien à tout ça…

Est-ce simplement la chimie du cerveau parfois un peu anarchique qui fait que…

La vie vaut pourtant la peine d’être vécue.e930b64c640cedefc530e1cce4f25504

Il y a tant de petites choses tout autour de nous qui méritent un peu de notre attention.

Il y a aussi de belles rencontres à faire, des personnes avec qui partager du positif, des expériences de vie qui élèvent et nous tirent vers le haut.

Alors pourquoi passer ses journées à se préoccuper de son nombril comme si on ne l’avait pas déjà assez vu !

Je crois que s’ouvrir à l’autre peut aider à voir les choses beaucoup plus sereinement, à prendre du recul sur notre propre vie.

Parfois, il faut avoir frôlé le drame pour se rendre compte de la valeur de la vie, pour enfin s’en délecter plus pleinement.

Mais pourquoi attendre de faire de tristes expériences pour goûter enfin à la vie ? Pourquoi ne pas la croquer à pleine dent dès aujourd’hui ? Le temps passe si vite… Et le temps perdu ne se récupère pas…

Allez sourions à la vie, profitons d’elle jour après jour, relativisons nos soucis (il y a toujours pire ailleurs…) et nous nous sentirons mieux !

 

Un jour à la fois et pas davantage

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Que dire ? Qu’écrire ? Mes lèvres restent serrées l’une contre l’autre. Mes doigts sont comme engourdis.

L’air ambiant est si noir quand mes poumons cherchent désespérément un air bleu. L’air est si froid que mon corps peine à trouver un peu de chaleur.

Mon regard fouille l’horizon, anxieux, tandis qu’à mes yeux perlent quelques gouttes salées.

Dans ma tête, des images que j’essaie de chasser comme autant de cauchemars qui viendraient me hanter. Des « pourquoi ? », des « comment ? », des « jusqu’à quand ? » tournent sans cesse dans ma tête me donnant le tournis et la nausée par dessus le marché !

Que vous dire ?

Je souffre pour lui, pour elle, pour eux, pour toi.

Mes mots me paraissent si dérisoires face à l’innommable que je crains de les laisser jaillir de mon cœur endolori. Pourtant, on dit que, parfois, les mots guérissent, alors peut-être le pourront-ils…

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, j’entends les oiseaux chanter et le hennissement du tout jeune poulain qui paît près de sa mère dans le pré d’à côté. De ma fenêtre, je vois le ciel bleu parsemé de légers nuages qui taquinent les rayons du soleil me faisant envisager quelques gouttes de pluie pour bientôt. La nature est belle, paisible, sereine. Elle me fait du bien.

Et puis, mon regard se pose sur l’écran noir. Il suffirait que d’une pression du doigt j’ose appuyer sur l’interrupteur pour que le charme soit rompu, pour que la réalité brutale me gifle et me réveille d’un rêve si doux. Pourtant, je ne rêve pas. La nature belle et généreuse est bien réelle. Elle est là, juste derrière la baie vitrée.

Quel contraste ! J’ai l’impression d’être dans une bulle de savon aux couleurs de l’arc-en-ciel qu’essaieraient d’atteindre d’horribles individus munis de battes de baseball. A tout instant, l’explosion et la chute sont à craindre…

Oui, pas toujours facile de rester optimiste. Mais je m’y efforce envers et contre tout ! Un jour à la fois et pas davantage…

Prenez soin de vous les amis ❤

 

Il y a ceux qui donnent et ceux qui prennent

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Donner. Quel joli mot ! Donner de soi, de son temps, de son énergie, de son argent. Donner sans intérêt. Donner par amour, amitié ou humanité. Donner simplement, sans arrière pensée.

Il y a des gens comme ça. Des gens pour qui donner est aussi naturel que dormir ou manger. Pour qui donner rend à la vie tout son sens.

On se sent attiré vers ces personnes. On est si bien en leur compagnie ! D’ailleurs, bien souvent, elles ne manquent pas d’amis. Et c’est logique, ne préfère-t-on pas, en effet, la générosité à l’égoïsme  ?!

Et puis, il faut le dire, ce qui est rare a un attrait bien particulier. Ors à l’heure du  » moi d’abord  » ou même du  » moi épicétout « , ceux qui donnent attirent forcément.

Ils attirent ceux en quête d’authenticité, ceux qui croient encore que l’homme peut être foncièrement bon, quand il veut. Mais ils attirent aussi d’autres gens… Des gens sans scrupules, des gens avides de prendre, sans reconnaissance aucune, pour qui tout don devient un dû. Ces personnes-là sont des opportunistes toujours à l’affût de ce que l’autre peut leur rapporter. Ils ne sont pas dans le partage, le don, la reconnaissance ou la gratitude, non, ils sont davantage dans la demande, la plainte, la critique, le mécontentement et l’insatisfaction.

Personnellement, je les sens à mille lieux, ceux qui prennent, et je les fuis pour ma propre survie.

Car ceux qui donnent peuvent s’épuiser, se décourager et se sentir désabusés parfois… Ils ne sont pas dupes et savent reconnaître les profiteurs ingrats qui sont là tant que ça peut leur rapporter mais qui disparaissent bien vite dès qu’un service leur est demandé aussi urgent soit-il !

On peut avoir de l’amour plein notre musette et y puiser pour en distribuer avec largesse jour après jour. Mais pour ne pas épuiser ce contenu si précieux, un besoin impérieux de retour se fait quelques fois sentir. Oui, une certaine réciprocité est nécessaire pour assouvir le besoin d’amour commun à tout être humain. L’amour qu’on reçoit de l’autre on peut ensuite le redistribuer et ainsi de suite…

Mais la vie est plus compliquée…

Alors on essaye tant bien que mal de ne rien attendre des autres… On essaye de continuer à donner même si notre musette peine parfois à se regonfler. Et ces efforts ne sont pas vains car donner rend toujours plus heureux que prendre !

Vous repassez, vous ?!

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Dans mes souvenirs d’enfance, je revois souvent ma maman en train de repasser. Je la vois dans sa chambre ou dans le bureau, devant sa table à repasser, un nuage de vapeur l’enveloppant doucement tandis qu’une odeur caractéristique s’échappe jusqu’à moi.

Elle repassait des heures durant. Tout y passait jusqu’aux draps, mouchoirs, et serviettes de toilette. Ça n’avait pas l’air de l’embêter. Elle s’échinait à la tâche de façon machinale. Quelques fois, dans un souci de nous apprendre – à nous les enfants –  le partage des tâches ménagères, elle nous demandait de repasser les pièces les plus faciles comme les mouchoirs et les serviettes de table ou de toilette.

Les années ont passé, et aujourd’hui encore, elle consacre plusieurs heures par mois à repasser.

Mais pour moi, il en va tout autrement ! Hors de question de passer tout mon temps de libre à repasser. Quelle drôle d’idée que de repasser des serviettes de toilette, sans parler des draps qui seront froissés, de toute façon, dès la première nuit passée dedans ! Quant aux mouchoirs et aux serviettes de table, le problème a été vite réglé… merci au papier !

Alors bien sûr, il y a tout un tas de vêtements qui méritent quand même un bon repassage surtout quand ils sont faits de lin ou de coton. Pour ceux-là, je fais l’effort. Alors, pour me faciliter la tâche, je fais particulièrement attention à leur essorage et à leur étendage. Et puis, une centrale vapeur c’est vachement mieux…

Il m’arrive même, quand je n’ai vraiment pas envie ni de temps à consacrer au repassage, de mettre mes vêtements sur cintre sans qu’ils soient passés par la case repassage. Ils y passeront quand je souhaiterais les porter, je prendrais alors quelques brèves minutes pour les défroisser.

Au début, je culpabilisais un peu de ne pas m’adonner à cette tâche aussi souvent que ma chère maman. Mais après avoir discuté avec nombre de mes amies, je me suis rendu compte que beaucoup d’entre elles faisaient la même chose ! Du coup, envolée la culpabilité ou la honte…

Les temps changent, les emplois du temps aussi et nos habitudes quotidiennes évoluent en fonction.

Et vous, qu’elles sont vos habitudes en matière de repassage ?!

 

Ne pas déserter la vie, jamais !

Je pense, je dis... mais je ne fais pas toujours

On vit un peu, beaucoup, à la folie.
Et on meurt aussi.

On boit son café, les yeux plein de sommeil, quand ailleurs d’autres s’éteignent sans plus d’éveil.

Pourquoi le noir et le rouge quand on souhaite le blanc et le rose ?

Sentir ses tripes se tordre soudain sous la douleur de l’autre. Cet autre qu’on ne connaît pas mais dont on imagine sans mal la grande détresse.

Quand nos sourires s’effacent, quand nos larmes coulent et que nos cœurs battent trop vite. Quand la peur s’immisce en nous tel un poison. Eux aujourd’hui. Nous demain ?

Et pourtant y croire encore, toujours. Croire que l’amour peut tout emporter.

Rester courageux. Aller à un concert, boire un café en terrasse, prendre l’avion ou le métro, ne pas déserter la vie, jamais.

On se courbe sous la détresse comme le roseau plié sous la violence du vent, puis on se redresse de tout son être quand survient l’accalmie qu’on souhaite durable.

Et on réalise alors combien la vie est précieuse et qu’il ne faut pas la gaspiller. Que nos proches, nos amis sont nos biens les plus chers et qu’il faut en profiter tant qu’on les a. Leur dire qu’on les aime, là, maintenant, sans attendre. Se réconcilier, se rapprocher, se serrer dans les bras et s’embrasser pour vivre intensément et sortir ainsi victorieux de ce combat contre la terreur.

Ne pas s’inquiéter outre mesure pour demain, car demain est un autre jour et à chaque jour suffit sa peine…

Je vous embrasse très fort ❤