La mia cara nonna, avec toi s’en va ce doux parfum d’Italie…

Tu étais une petite bergère qui vivait dans les collines du nord de l’Italie. Un jour, tu tombas amoureuse d’un beau garçon de la ville, celui qui deviendra plus tard il mio caro nonno (mon cher grand-père). « Qu’est-ce qu’il sentait bon ! » tu disais de lui. Et ses yeux bleus avaient fait chavirer ton cœur d’adolescente. Vous vous êtes fiancés et puis il est parti à la guerre… Il t’a atrocement manqué et quand il est revenu une partie de lui avait disparu dans les affres des camps de concentration. Pour ses idées politiques,  il avait été fait prisonnier. Il ne dût sa survie qu’à l’humanité du cuisto du camp qui lui réservait les pelures de pommes de terre pour améliorer sa ration de nourriture quotidienne. Il put ainsi te revenir pesant 33 kg, le visage durci, le cœur et l’esprit marqués à vie par cette terrible épreuve.

Vous vous êtes mariés et êtes venus vous installer en France où vous avez eu trois beaux enfants dont l’aîné devint mon papa. Et puis un jour, tu devins la mia cara nonna (ma chère grand-mère). Tu étais une petite femme discrète aux beaux cheveux d’un noir de geai et aux yeux marron. Quand tu me gardais après l’école, tu m’offrais toujours un bol de lait chaud avec du sucre Candy, quel délice !

L’Italie vous manquait, vous y êtes donc retournés et vous êtes installés dans un petit village près de Venise. Avec mes parents, nous avons eu la joie de venir vous rendre visite et en avons profité pour découvrir cette ville romantique avec son pont des soupirs, sa place St Marc avec ses centaines de pigeons et acheter en souvenirs des objets de décoration en verre soufflé de Murano, cette petite île au nord de Venise.

Et puis, avec les années, vous avez eu le désir de vous rapprocher de vos enfants, vous êtes donc revenus en France. En famille, nous venions vous voir à chaque vacances scolaires. Je me souviens qu’en une semaine je prenais 3 kg tellement ta cuisine au doux parfum d’Italie ravissait mes papilles d’adolescente. Dès le matin, de bonne heure, tu préparais les pâtes à la main, souvent des gnocchis. J’aimais t’observer faire rouler ces petites boules de pâtes entre ton pouce et la fourchette pour leur donner ces stries bien connues. Pendant ce temps, la sauce tomate mijotait tout doucement. Jamais je n’ai senti une odeur aussi exquise que celle de ta sauce tomate aux ingrédients du jardin. On râpait ensemble le parmesan et disposait la mortadelle et le jambon cru sur une jolie assiette. Pendant une semaine, nous nous régalions à vos côtés.

Ce qui m’a toujours un peu laissé perplexe, c’est que tu avais l’habitude de manger l’assiette à la main, une fesse reposant sur le bord d’une chaise prête à te lever aux moindres désirs de nonno. C’était ton éducation qui te faisait agir ainsi, et nonno trouvait ça normal. Mais moi, éduquée à la française, ça me révoltait… Je me disais « pourquoi c’est toujours à nonna de se lever pour servir tout le monde alors qu’elle a déjà passé du temps à tout préparer ? », mais c’était ainsi, et ce n’était pas moi, jeune fille de 15 ans, qui allait changer ta culture. Je dois dire que papa agit aujourd’hui encore comme nonno agissait mais que maman se laisse un peu moins faire que toi.

Et puis un jour, il mio caro nonno s’en est allé… La vieillesse, un problème de cœur, on n’a pas su au juste. Et toi, le cœur en lambeaux, tu t’es alors retrouvée seule dans ta grande maison. Nous venions te voir pas aussi souvent que nous l’aurions aimé et nous regardions des photos jaunies, nous parlions du bon vieux temps, et de ta santé qui commençait à décliner, elle aussi.

Quand il a fallu se résoudre à t’installer dans une maison de retraite, à notre grande surprise, tu as été tout de suite partante. Tu en avais marre d’être seule et la compagnie d’autres personnes âgées t’a fait du bien. Les infirmières nous racontaient combien tu mettais l’ambiance dans cet établissement. Tu aimais chanter en italien et là-bas tu t’en donnais à cœur joie ! Cela nous rassurait de te savoir joyeuse.

Mais malheureusement, petit à petit, comme il fallait s’y attendre, ta santé s’est dégradée… Et quand l’année dernière, tu as perdu ton plus jeune fils dans un accident, alors une partie de ta vie est partie avec lui. Quand nous venions te voir, ces derniers temps, nous étions là, à ton chevet, impuissants face à tes plaintes et tes douleurs. Nous étions tristes mais essayions de te le cacher.

Et puis,  la mia cara nonna, ce mercredi tu t’en es allée et avec toi ce doux parfum d’Italie, mes racines… Demain, nous prenons la route pour venir te voir une dernière fois, te rendre un dernier hommage, avant que la terre ne te recouvre pour l’éternité. Tu reposeras auprès de celui que tu as aimé toute ta vie, ce beau garçon de la ville, aux yeux bleus, qui sentait si bon.

Je suis très triste et je n’arrive décidément pas à te dire adieu…

La mia cara nonna tu vas me manquer terriblement… Que veux-tu, la mort, je ne m’y habitue pas…

Ti amo sempre.

Source Pinterest
Source Pinterest
Publicités

36 réflexions sur “La mia cara nonna, avec toi s’en va ce doux parfum d’Italie…

  1. Grazie mille per questo viaggio nella tua vita e che la tua nonna riposi in pace. Pour avoir perdu ma grand-mère chérie il y a 8 ans, je sais combien c’est douloureux de tourner cette page. Je n’arrive toujours pas à regarder les photos tellement ça fait mal. Mais en même temps, je me sens riche et forte de tout l’amour qu’elle m’a donné.
    Bon courage Karine pour traverser ces jours difficiles auprès de tes proches. Tanti bacci !

    Aimé par 1 personne

    • Grazie mille, Marie ! Oui, on a beau s’y attendre et s’y préparer, la mort d’un proche reste très douloureuse… Bon courage à toi aussi et un jour tu pourras regarder ces photos sereinement. Ton soutien m’est précieux… Tanti bacci ❤

      J'aime

  2. Mi hai fatto piangere leggendo questa sotorietta della nonna.
    Quante vecchie persone che mi sono occupata durante i miei anni di « aide-soignante » hanno vissuto una vita vicina dei tuoi nonni, i compreso i miei nonni, mezzo italiani, non me lo ramento. Ma mi sono rimasti tutti i belli ricordi della mia nonna : le sue spegazione per i lavori di maglia, di ago o semplicemente un piatto tipicamente delle lombardia.
    Verrai che con il tempo rimasterà nelle tua memoria le cose che hai fatto con la tua nonna e le spiegerai al tuo torno a nipoti. Cosi la nonna continua de vivere, nella trasmissione.
    Non so più quello che ho detto che tanto parliamo di qualcuno questa persona non è morta. Dunque continua di parlare della tua nonna è resterà con té.
    Ti baccio molto é avvro un pensiero per té e tutta la tua famiglia.
    Sabina

    Aimé par 1 personne

  3. Oh ce texte est vraiment bien écrit, comme toujours je dois dire, ta nonna a du être une femme exceptionnelle avec 1 grand coeur partagé entre l’Italie et la France, en tout cas elle t’a legué sa générosité! Je pense fort à toi en ce moment douloureux, bon courage, je t’embrasse fort!

    Aimé par 1 personne

  4. Encore un très beau texte Karine, bel hommage à ta grand-mère, qui fait ressurgir beaucoup d’émotion chez moi. Je pense fort à toi en ce douloureux moment et t’envoie plein de courage.
    Bises

    Aimé par 1 personne

  5. Coucou Karine,

    je ne peux que te présenter mes condoléances et me laisser émouvoir aux larmes par ce si bel hommage que tu rends à ta grand mère…
    Il n’est jamais facile de dire adieu et je vous souhaite beaucoup de courage à toi et ta famille!

    Je t’envoi des baisers de réconfort et de soutien!

    Aimé par 1 personne

  6. De par tes mots, je vois ô combien tu étais attachée à ta « nonna »… ce sont des moments durs, tu me rappelles les jours où j’ai perdu la mienne, elle qui était ma marraine aussi et qui a décidé de partir le lendemain de mon anniversaire… J’ai encore du mal à regarder des photos mais ta « nonna » elle vous guettera tous de là-haut et de temps en temps, tu vas lui expliquer tes petites choses, ta petite vie !

    Courage Bisous !!

    Aimé par 1 personne

  7. Ton texte est très beau, empreint de tout l’amour que tu as pour ta grand-mère, Karine. Je suis certaine que de là où elle est, tes mots ont un parfum apaisant et l’accompagnent dans son dernier voyage. Les adieux sont toujours douloureux, lorsque les personnes que l’on aime le plus nous quittent. Que ta nonna repose en paix dorénavant. Elle a retrouvé son amour. Et d’où elle est, elle veille sur toi. L’amour ne s’éteint jamais Karine. Même la mort ne peut rien contre ça.
    Je pense bien fort à toi.

    Aimé par 1 personne

  8. Hello,
    J’ai été vraiment émue par ton hommage. J’ai perdu récemment mon grand-père (en fait il y a un an mais j’ai l’impression … que c’était il y a un mois), et ça a été tellement rapide que je n’ai jamais réalisé … du coup les larmes ne venaient pas … ne sont pas encore venues. Et lire des témoignages comme le tiens aident un peu mais c’est vrai que le deuil … c’est seul qu’on doit le faire!!
    Je te souhaite beaucoup de courage
    Ps : je tiens à m’excuser, sur hellecotton je t’ai nominée au liebster award et je l’ai écrit juste sous cet article, comme je ne l’avais pas encore lu je me rends compte maintenant à quel point c’était déplacé. Je n’arrive pas à le supprimer!

    Aimé par 1 personne

    • Je suis sincèrement désolée pour la perte de ton grand-père et te souhaite d’arriver à faire ton deuil… Bon courage et merci infiniment pour ton petit mot. Ne t’inquiètes pas pour le liebster award, ce n’est pas grave, tu ne pouvais pas savoir. Mais j’avoue que je n’ai pas trop la tête à y répondre, excuses-moi. Bises.

      J'aime

  9. Je n’avais pas lu ton article en fait. Je pensais. Que te dire… Ce que tu as écris es très beau.
    Je crois malheureusement que cette année est l’adieu à beaucoup de grands mères 😦
    Je t’apporte tout mon soutien, mon courage, tout ce qu’il y a de meilleur pour avoir vécu la même chose au mois de mai.
    Je ne sais pas si ça te consolera un petit peu mais ma grand mère me manque sans me manquer. Je ne suis pas convaincue de beaucoup de choses qui sont plutôt floues mais pourtant je suis convaincue qu’elle peut me regarder de partout. Et j’y pensais justement hier, finalement en étant là haut, elle peut me voir plus fréquemment que les seuls moments où je passais la voir. Elle est en quelque sorte plus près même si je ne peux ni la toucher, ni lui parler et entendre sa réponse. Elle est mille fois plus présente qu’avant. Finalement, on panse nos blessures avec nos convictions et je t’assure que cette conviction, sous cet angle, rend la cicatrice moins moche. ❤ ❤

    Aimé par 1 personne

  10. ton hommage m’a mis les larmes aux yeux tellement on sent l’amour que tu lui portais. Je suis désolée que tu l’aies perdue 😦 de tout coeur avec toi pour lui dire adieu. je t’envoie de douces pensées réconfortantes, elle continuera à vivre à travers vos souvenirs, les traditions transmises, les traits de caractère dont tu as hérités ❤ je te fais de gs bisous ma belle. Courage…

    Aimé par 1 personne

  11. Je pensais à toi ce matin justement, me disant que je ne te voyais plus trop sur les réseaux sociaux ces derniers jours. En lisant ce texte, je viens de comprendre… Cela a été très difficile pour moi d’aller jusqu’au bout. Ton texte a ravivé beaucoup de douleur en moi (ma Maman est partie début octobre). Alors je suis de tout cœur avec toi, vraiment Karine. Bon courage, prends soin de toi. Bises. Cendrine

    Aimé par 1 personne

    • Oh je suis sincèrement désolée, Cendrine, d’avoir ravivé ta douleur… Perdre sa maman est une épreuve terrible et il faut beaucoup de temps pour faire son deuil. Je te souhaite beaucoup beaucoup de courage. Et merci pour ton soutien. Grosses bises.

      J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s