L’argent : ton doudou pas si doux

« -C’est l’or… Il est l’or… L’or de se réveiller. Monseignor, il est huit or !

– Il en manque une !

– Vous en êtes sor ?

– Tout à fait sor !

– Ah bah ça alors ! »

Louis de Funès et Yves Montant dans La Folie des grandeurs.

Quand j’ai vu ce film pour la première fois, quand j’ai entendu cette célèbre réplique, je n’ai pu m’abstenir de penser à toi. C’était inévitable…

Combien de fois, en effet,  t’ai-je vu assis à ton bureau comptant et recomptant pièces et billets ? Je ne saurais dire tant c’était devenu un rituel pour toi. Presque tous les soirs, tes doigts pianotaient avec délice le clavier de ta chère calculatrice, elle que tu bichonnais tellement que ça a été un choc pour moi de la revoir, trônant sur ton bureau, une vingtaine d’années plus tard, toujours aussi pimpante malgré le temps passé. Elle fonctionne toujours, c’est incroyable ! C’est comme si l’attention, les soins que tu lui avais apporté, tout au long de ces années, lui avaient donné une deuxième jeunesse.

Je ne vis plus sous ton toit, j’ignore donc si tu passes encore beaucoup de temps avec elle et, franchement, je ne veux pas le savoir. Cela me ferait trop de peine de savoir maman encore délaissée à son profit. Elle qui passait ses soirées seule dans sa cuisine à boire sa tisane en écoutant son émission de radio. Sais-tu pourquoi elle mettait le volume si fort ? Ah ce n’était pas parce qu’elle était sourde, loin de là, mais parce qu’elle ne supportait plus ce bruit si caractéristique des touches de la calculette que tu enfonçais encore et encore.

En tout cas, une chose est sûre, elle ne pouvait pas se plaindre de la mauvaise tenue du budget de la famille. Tout était réglé comme du papier à musique. Tu gérais les comptes avec une rigueur presque militaire, évitant crédits et découverts, allant à la chasse aux dépenses non essentielles, préférant, telle la fourmi, amasser des réserves en cas de coups durs.

Pour nous, c’était difficile à vivre… Pour toi, l’argent était devenu une obsession, tes comptes du soir, une manie, un toc dont tu ne pouvais te passer. L’argent était devenu ton doudou…

Avec le temps, j’ai compris le pourquoi de ce comportement excessif. Ta relation particulière à l’argent n’était, en fait, que la partie émergée d’un problème sous-jacent : l’imprévisibilité de la vie te faisait peur. Tu voulais te convaincre que tu pouvais, malgré tout, la contrôler. Tu sais, tu n’es pas le seul à ressentir cette angoisse. A cause d’elle, certaines personnes se noient dans le travail, d’autres la fuient dans des paradis artificiels, et toi, tu as ressenti le besoin de contrôler quelque chose de vital : l’argent. L’argent est devenu la bouée à laquelle tu t’agrippes fermement pour ne pas te faire noyer par les incertitudes de la vie.

En fait, papa, tu as besoin d’être rassuré et réconforté. Tu as besoin de stabilité et de te sentir en sécurité. Alors, je ne sais pas si c’est la bonne attitude, mais j’ai décidé de te laisser toutes tes illusions. Je ne te dirais pas que l’argent est, en fait, un véritable château de cartes et qu’au moindre coup de vent tout peut s’effondrer et nous laisser sans même une chemise sur le dos. Je ne te dirais pas que l’argent ne fait pas le bonheur. Je ne te dirais pas que l’argent est souvent la cause de bien des souffrances…

Mais au fond de toi, je suis sûr que tu le sais bien et que je ne t’apprends rien…

Source Pinterest
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16 réflexions sur “L’argent : ton doudou pas si doux

  1. Malheureusement, l’argent gâche de nombreuses relations en construisant un mur entre les personnes… Je rêve d’un monde sans argent mais je sais bien que c’est purement et simplement une utopie^^ Bisous ma douce Karine ❤

    Aimé par 2 people

  2. Hello ma Karine! Ton texte me parle des choses de la vie que parfois on n’ose pas dire tellement c’est pénible. Comme Aileza je rêve d’un demain sans l’importance de l’argent et de ses ravages. Je te remercie pour ces mots qui décrivent bien les façons de se perdre dans la vie. Bisous ma belle.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai appris lors de mes études d’aide-soignante que les personnes qui ont besoin de contrôler autant leur quotidien manquent cruellement de confiance en elles et ont une peur panique de l’affectif car c’est la seule chose sur laquelle ils ne pourront jamais avoir de prise.
    Tu as raison d’écrire qu’il sait probablement que l’argent n’est qu’une manière de se sentir en sécurité mais le détromper c’est lui enlever son « doudou » sa béquille et c’est aussi le mettre en danger psychologiquement, et ce n’est pas souhaitable.
    Gros bisous

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  4. J’aime beaucoup ton billet ma K.
    Je n’ai pas de recul par rapport à la situation que tu décris étant donné que j’ai jamais été confronté à ce genre de chose, ou du moins je n’ai pas d’exemple concret en tête. Mais je pense que tu as raison, c’est une façade pour se sentir en sécurité.

    Aimé par 1 personne

  5. Difficile le « rapport » à l’argent … il ne fait pas le bonheur mais il y contribue pour quelques fois de simples petites choses …
    Il faut juste trouver un juste équilibre entre être un panier percé et un Picsou !
    Gros bisous ma belle ❤

    Aimé par 1 personne

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