Chacune le sien. Pas de jalouse.

La brune, la blonde et la châtaine. Trois, elles étaient trois. Un vrai trio de choc ! On aurait pu les appeler « Les trois drôles de dames » tellement elles étaient différentes les unes des autres. Mais elles se complétaient à merveille.

La brune était la plus âgée mais aussi la plus sportive et la plus rigolote. C’était elle qui mettait l’ambiance et qui faisait que la vie était légère et pleine de rebondissements.

La blonde, elle, était la plus coquette. Rêveuse, toujours le nez dans ses bouquins, les deux autres peinaient parfois à l’en extirper. Elle apportait au trio un peu de douceur et d’apaisement.

Source Pinterest
Source Pinterest

Enfin, la plus jeune, la châtaine au visage constellé de tâches de rousseur était la plus émotive. Toujours angoissée par ses futurs résultats scolaires, qui se révélaient d’ailleurs toujours les meilleurs des trois, elle avait souvent besoin d’être rassurée quant à ses capacités.

Etre ensemble était leur plaisir. Qu’elles rient, rêvent ou pleurent, elles formaient un front uni face à cette grande et belle aventure qu’on appelle : la vie.

Devinez qu’elle fût la première à se marier ? La rigolote, la rêveuse ou l’émotive ? C’est la blonde rêveuse, celle qui attendait son prince charmant depuis le berceau ! Quelques années plus tard, la châtaine rencontra l’homme qui la rassurerait avec une patience infinie. Pour la brune, trouver l’amour se révéla plus compliqué. Les garçons l’aimaient pour son côté sportif et rigolo mais dépassaient rarement le stade de… l’amitié…

Sans surprise, pour son mariage, la blonde choisit ses deux amies pour témoins. La veille du jour J, c’est ensemble qu’elles passèrent sa dernière soirée de jeune fille célibataire, à manger des friandises tout en pleurant devant « Légendes d’automne » qui leur faisait découvrir un Brad Pitt éblouissant.

Au fil des années, prenant des chemins de traverse différents, leurs liens se distendirent, mais sans jamais se rompre complètement. Elles ne se virent plus que très épisodiquement. Mais elles étaient loin, mais alors, très très loin de se douter que chacune d’entre elles allait bientôt vivre une épreuve qui les rapprocherait de nouveau.

Cette épreuve surgit d’abord chez miss tâches de rousseur, ce qui, vous pensez bien, n’arrangea pas ses problèmes d’angoisse. Elle survint ensuite chez la rêveuse dont les doux rêves laissèrent alors leurs sièges aux hideux cauchemars, et enfin, chez la brunette qui vit sa joie de vivre fondre comme neige au soleil.

Oui, qui aurait pu deviner que ces trois amies d’enfance auraient un jour un point commun empoisonné ? Qui aurait pu savoir que ces trois trentenaires gourmandes de vie seraient l’une après l’autre atteintes d’un cancer ? Chacune le sien. Pas de jalouse. L’une de la tyroïde, l’autre du côlon et enfin du sein pour la dernière.

Source Pinterest
Source Pinterest

D’abord terrassées par la nouvelle, ensuite soulagées d’échapper à la chimiothérapie, elles se virent toutes les trois enlever un petit bout de mort.

Désormais, elles connaissent bien la contrainte et l’angoisse liées aux examens de contrôle, mais dociles, elles s’y soumettent malgré tout de bon gré, pressées de tourner cette page sombre, cette parenthèse sans saveur de leur vie.

Aujourd’hui, au détour d’une rue, on peut les rencontrer en train de bavarder autour d’une tasse de thé ou de café. Et si on s’approche un peu plus près, on peut même les entendre se confier leurs peurs et leurs interrogations. Pourquoi elles ? Pourquoi si jeunes ? Leur cancer aurait-il un lien avec la catastrophe de Tchernobyl survenue à l’époque de leur adolescence ? Mais non, c’est vrai, ce n’est pas possible puisque le nuage radioactif s’est arrêté à nos frontières, on ne craignait rien… Serait-il possible que certaines régions soient plus propices au développement de certains cancers ?

Oui, c’est dur d’avoir 30, 35 ou 38 ans et d’être touchée par une maladie mortelle. C’est dur de perdre son insouciance et de se dire que la vie ne sera plus jamais comme avant. Car pour toutes les trois, il y aura dorénavant un avant et un après cancer.

Mais bon, elles gardent leur optimisme car elles ont échappé au pire. Elles espèrent en un avenir meilleur pas seulement pour elles, mais pour tous ceux qui souffrent et gémissent sur leur lit de douleur…

Redac-transparent-turquoise

Cet article a été publié sur So Busy Girls sous le titre « Trois amies et un point commun empoisonné… »

Publicités

15 réflexions sur “Chacune le sien. Pas de jalouse.

    • Je suis désolée, ma très chère Kakou, de t’avoir fait pleurer… En fait, quand j’ai commencé à écrire ce billet, je pensais beaucoup à toi et j’hésitais à continuer… Mais, j’avais besoin que ça sorte… Et peut-être que ça peut donner de l’espoir… Toute mon affection. Et courage ma belle ! Bisous 😘

      J'aime

  1. Je sais qu’il y a toujours une part de vécu dans tes billets… J’ai envie de dire pour une fois malheureusement. Je t’embrasse fort et te supplie de prendre soin de toi ! Bises ma belle courageuse ❤

    Aimé par 1 personne

      • ça ne m’étonne pas, je crois que ‘sincérité’ est un des mots qui te définit le mieux. Bisous ma belle en espérant de tout mon coeur que tu te portes le mieux du monde ❤ ❤ ❤

        J'aime

  2. La vie a parfois de ces « surprises » dont on se passerait bien, mais « c’est la vie ! » Tu soulèves le plus important, l’amitié à travers les épreuves. Car pour avoir vécu des choses analogues le fait de les partager avec d’autres c’est un merveilleux pansement qui permet justement de les « digérer » et de passer outre.
    La vie est courte, parfois pleine d’embuches, avec des hauts et des bas, mais qu’elle est belle si on sait l’apprécier et remercier pour les bonheurs qu’elle sème sur les chemins que nous empruntons.
    Bises et embrasse bien la blonde, la brune et la rousse de ma part.
    Sabina

    Aimé par 1 personne

    • Tu as raison, Sabina, l’amitié dans les épreuves est très précieuse et contribue largement à garder son équilibre. Merci pour ton témoignage ! Et la blonde te fait un gros gros bisous 😘

      J'aime

    • Oui, on aimerait l’oublier cette épée, mais elle se rappelle à nous au moment où on s’y attend le moins… C’est rageant… Merci d’avoir apprécié ce texte, ma Aline, car il m’a coûté… Plein de très gros bisous !

      J'aime

  3. quelle plaie ces cancers… On se doute bien que ton texte est une fiction, mais je connais malheureusement beaucoup trop d’exemples de gens touchés à 10, 15, 25, 30, 40, 55, 70 ans… et qui vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête… merci pour ton texte Karine

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s