Maman et moi, pas si différentes tout compte fait…

Il fait beau, pas trop chaud, la canicule est enfin derrière nous. Alors que Chéri et papa bricolent dans la cuisine – tu leur as demandé d’installer une applique au-dessus du plan de travail – tu me dis : « Viens, allons nous asseoir sur la terrasse. » Je te suis, un peu mal à l’aise, comme toujours, à l’idée de me retrouver en tête à tête avec toi. Pourtant, j’aime ces moments d’intimité, mais, c’est plus fort que moi, je ressens comme une gêne. Est-ce la peur de ne pas savoir quoi te raconter, la peur de tes questions, de ton regard perçant auquel rien n’échappe, même ce que je souhaiterai parfois te cacher ? Peut-être… Mais je pense aussi qu’il y a beaucoup trop de pudeur entre nous, bien trop de retenue, surtout de ta part, maman.

C’est vrai, toi-même, tu le reconnais, on ne peut pas dire que tu sois du genre affectueuse. Prendre tes enfants dans les bras, leurs donner des câlins et des bisous, cela n’a jamais été ton truc. D’ailleurs, je crois même ne jamais t’avoir vu pleurer de joie ou de tristesse. Tu intériorises tout. Et moi, je suis tellement ton opposée ! Je me souviens qu’on m’appelait « mémère bisous » quand j’étais petite. J’embrassais tout le monde ! Aujourd’hui encore, je ne suis jamais avide de bisous et de câlins avec mes jeunes neveux et ils me le rendent bien. Est-ce ce manque affectif qui fait qu’une certaine pudeur au niveau des sentiments c’est installée entre nous ? C’est fort possible.

Mais je te suis sur la terrasse, nous nous installons confortablement et nous nous regardons, curieuses de savoir qui parlera la première. Et c’est moi qui décide d’ouvrir le dialogue en te parlant de mes lectures du moment. Tu sais comme j’aime lire – une véritable passion – et je sais que tu aimes ça aussi. Oui, l’amour des livres est notre point commun au même titre que le goût du voyage. Ensemble, toi et moi, alors que je n’avais que 18 ans, nous avons été au Kenya. Quelques années plus tard, toujours avide d’aventures, tu nous as suivis, Chéri et moi, au Ghana. Mais revenons-en à mes lectures du moment. Je te disais donc que cet été, poussée par l’envie de découvrir un nouvel auteur, une nouvelle plume, j’ai choisi de lire L’Ile des oubliés de Victoria Hislop. T’entendre me dire que tu viens tout juste d’en finir la lecture et que si je le désire tu peux même me prêter un deuxième roman de cet auteur me surprend beaucoup. Aurais-je les mêmes lectures que ma mère ?!

Source Pinterest
Source Pinterest

Je continue notre discussion en te lisant quelques poèmes de mon cru te faisant ainsi cobaye littéraire. Un avis extérieur est tellement précieux à mes yeux. Tu les aimes, je le vois, je le sens, tu me le dis. Je suis rassurée et heureuse. A ce moment là, un sourire aux lèvres, tu décides d’aller chercher quelque chose dans la maison. Je t’attends dehors m’interrogeant sur la signification de cette expression fugace que j’ai entrevue sur ton visage. Tu réapparais soudain serrant contre ton cœur un cahier, un très vieux cahier dont la belle couverture rouge est légèrement fanée. C’est bien la première fois que je le vois. Pourtant, on en a fait des déménagements, on en a fait du rangement dans vos affaires, mais alors, ce cahier là tu avais dû t’arranger pour que personne ne mette jamais la main dessus. Aurais-tu d’autres secrets, d’autres surprises ?

Tu me le tends. Je l’ouvre doucement comme si le moindre coup de vent pouvait le faire disparaître. Et là, je vois des lignes et des lignes, des pages et des pages d’une écriture à l’encre bleue, une écriture que je reconnaîtrais entre mille, une écriture petite et serrée, une écriture que j’ai parfois essayée d’imiter à l’école pour me soustraire à des punitions bien méritées. Je lève les yeux et te regarde attendant que tu me racontes l’histoire de ce cahier que je devine déjà. Ce cahier à la belle couverture rouge est un début de roman d’aventure, tu t’étais essayée à l’écriture et puis, tu ne sais pourquoi, du jour au lendemain, tu as laissé tomber ta plume pour ne plus jamais la reprendre.

Seule ta petite sœur connaissait l’existence de ce cahier et de son précieux contenu. Aujourd’hui, tu as désiré le partager avec moi, et cela me touche plus que tu ne crois, car moi qui me croyais ton opposée, je me rends compte, encore une fois, que beaucoup de points communs nous lient : les livres, les voyages, et aujourd’hui l’écriture… Y en aurait-il d’autres ? Dis-le moi, parle-moi. Je veux tout savoir de toi, te connaître mieux, racheter le temps perdu. Laissons tomber cette pudeur dans les mots, dans les sentiments, n’ayons pas peur de nous dévoiler chaque jour un peu plus et que les non-dits disparaissent !

Quoi qu’il en soit, maman, quand Chéri aura fini de bricoler, nous rentrerons chez nous, et tu peux être sûre que ce soir, mon livre de chevet ne sera pas le roman de Victoria Hislop, non, mais le cahier, ton cahier, à la couverture rouge un peu fanée…

Tu vois, on n’est pas si différentes l’une de l’autre tout compte fait…

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19 réflexions sur “Maman et moi, pas si différentes tout compte fait…

  1. C’est touchant comme texte ! C’est vrai que c’est parfois difficile de se livrer aux autres meme à nos propres parents (moi j’ai beaucoup de mal avec mon père) En plus tu écris bien. Tes phrases sont légère, presque poétique et décrivent bien les émotions et les détails. Je te verrais bien écrire un roman un jour :).

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    • Je suis ravie que mon texte t’ait plu, Mathilde ! Oui, la communication avec nos parents est parfois compliquée… Comme toi, avec mon père, j’ai beaucoup de difficulté 😦 J’apprécie vraiment beaucoup tes appréciations sur ma façon d’écrire, elles m’encouragent à persévérer dans cette voie ! Merci infiniment. Belle journée 😉

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  2. Très beau texte comme toujours.
    Et très émue par tes lignes. Il faut dire que tout ce qui touche à la relation mère / fille m’émeut particulièrement !
    bises et belle fin de soirée Karine

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    • Merci beaucoup Safianechka ! Je suis ravie que ce texte te plaise et t’incite à garder précieusement tes écrits pour la génération suivante ! Je trouve important que l’on puisse partager nos passions avec nos proches… Belle journée ! Bises 😉

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  3. Très très émue en lisant ces quelques lignes ma Karine … Ta mère pourrait être la mienne …. Je ne sais pourquoi tout ces points communs entre nous mais ça m’intrigue …
    Des bisous

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  4. un très beau texte, je n’arrive pas bien à dialoguer avec ma mère sur des sujets personnels, question de génération… manque de tendresse, je parle plus avec ma fille… c’est important de se trouver des points communs, bonne journée à toi

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