Le placard

7a982ca1559f25e101846e74901ec39b

C’était un placard tout ce qu’il y a de plus banal. Une pièce étroite, sans fenêtre. On n’y rentrait pas plus de deux personnes à la fois, et encore, à la queue leu leu. Une méchante ampoule pendait au plafond éclairant les rayonnages d’une lumière un peu jaunie. Une odeur de renfermé et de papier venait chatouiller les narines de celui qui s’y aventurait. C’était un placard quoi. Un placard comme on en a tous chez soi.

Mais pour lui et pour moi, il était beaucoup plus que ça…

Pour mon frère et moi, il était The Placard.

Nous étions petits, en ce temps-là, mais aujourd’hui encore, il nous arrive de penser à cet endroit avec un sourire complice.

A cette époque-là, personne ne se doutait que cette petite pièce, quelque peu délaissée, était régulièrement le témoin muet d’un rituel, enfantin, certes, mais pour le moins essentiel à un amour fraternel profond et durable.

Comme tous les enfants d’une même fratrie, il nous arrivait assez souvent de nous disputer, de nous chamailler, de nous dire des choses pas bien sympas. Alors nous nous faisions la tête, nous nous boudions, ignorant l’autre et refusant de lui adresser la parole. Nous partions chacun de son côté, énervés et les larmes au bord des yeux.

Mais voilà, il était mon frère. Il était mon ami. Il était mon complice. Nous faire la tête se révélait être un supplice qui nous rendait malheureux.

Alors pour remédier à notre différent du moment, nous avions trouvé une parade : The Placard !

Après nous être un peu calmés, chacun dans son coin, l’un de nous deux se rendait dans le placard et attendait l’autre. L’autre pouvait suivre de près ou bien se faire attendre, mais, dans tous les cas, on s’y retrouvait au bout de quelques minutes.

Une fois dans le placard, la porte refermée derrière nous, nous nous regardions, l’air penaud et les lèvres pincées. On ne cherchait plus à savoir qui avait tord ou qui avait raison, qui avait commencé la dispute ou pas, non, si on était là, tous les deux, dans ce placard, c’est que nous avions déjà décidé de faire la paix, de pardonner, d’oublier, d’effacer.

« On fait la paix ? » disait l’un.

« On fait la paix » répondait l’autre en tendant sa main que l’autre s’empressait de serrer.

Et c’était fini. Nos rancœurs restaient au placard d’où nous sortions le sourire revenu et le cœur plus léger.

J’aime à penser, aujourd’hui, qu’il existe nombre de placards de la réconciliation, tant pour les petits que pour les grands. Il suffit de faire taire son orgueil et d’en pousser les portes pour en connaitre toutes leurs merveilles.

Publicités

18 réflexions sur “Le placard

  1. Tes petits textes me manquait :-), et celui ci est encore plein de tendresse et adorable à lire .Et comme toi j’aime à penser qu’il existe ce genre « d’endroits « de réconciliation , c’est beau l’enfance , et se souvenir d’elle fait un bien fou <3…
    gros bisous ,Miss Tamara .
    Kathy.

    Aimé par 1 personne

  2. Coucou Miss et bonsoir. Elle est trop sympa cette histoire. Merci de nous faire partager ce souvenir. J’avais une petite piece aussi, toute petite, un genre de cellier que nous appelions la pièce noire tout simplement et dans laquelle nous nous retrouvions avec mes frères et soeur pour refaire le monde, jouer et échanger nos secrets. C’était tellement bien… Bonne soirée Miss et bisous.

    Aimé par 1 personne

  3. Une jolie anecdote que tu partage avec nous, j’aurai bien aimé avoir moins d’écart avec ma sœur et utilisé ainsi notre placard (parce que oui, chez mes parents aussi il y en avait un tout comme le tiens ;)).
    Bisous

    Aimé par 1 personne

  4. Bonjour Miss et bon dimanche à toi aussi. Et merci pour ta visite. J’espère que tu vas bien et que ton dimanche s’annonce bon. En tous cas, reposant. C’est le but après tout. Lol ! Bon dimanche jolie Miss. Bisous.

    Aimé par 1 personne

  5. C’est trop chou ! 🙂
    Chez moi, on se tendait la main à plat en demandant « on fait la paix? » et si l’autre acceptait elle tapait dans la main.

     » Il suffit de faire taire son orgueil », voilà la grande problématique de l’égo dans les disputes. Trop de gens ne savent pas le faire, malheureusement.

    Un joli texte !

    Aimé par 1 personne

  6. Très jolie anecdote. Chez nous pas de placard mais en général les disputes se finissaient aussi rapidement qu’elles avaient commencé et on se rabibochait aussi sec. Ce n’est qu’en grandissant que les choses ont fini par devenir plus compliquées.
    Bises à toi et je te souhaite de bonnes fêtes à toi et aux tiens

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s