L’espoir de chevet

hope
Photo trouvée sur http://boostermavie.com/

 

– Qu’est-ce que je vous sers ? Un thé, un café, une infusion ? A moins que vous préféreriez une boisson fraîche ?

– Je dis oui pour un petit café, merci Marie.

– D’accord Sabrina, je le fais couler. Il sera prêt dans quelques minutes. Et toi, Lise, qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

– Une tisane, s’il te plaît. Au moins, ça ne m’empêchera pas de dormir. Mon sommeil est si léger en ce moment.

– Ne m’en parle pas, moi c’est pareil, sans compter les cauchemars, répondit Sabrina.

Pendant que Lise et Sabrina continuaient leur discussion confortablement installées sur le canapé du salon, Marie, de son côté, s’affairait en cuisine. Sur un plateau, elle disposa une assiette remplie de petits fondants au chocolat tout juste sortis du four, des tasses accompagnées de leur soucoupe, des petites cuillères, des serviettes en papier et le sucrier.

Quand elle revint au salon, portant le plateau avec précaution, ses amies s’étaient lovées plus profondément encore entre les coussins.

– De quoi parliez-vous ? Vous faites une tête d’enterrement ! leur demanda Marie, soucieuse du bien-être de ses amies.

– Nous parlions de notre monde, un monde qui devient complètement fou, soupira Sabrina dont le sourire avait disparût.

– C’est terrible ce qui se passe. Je n’ose même plus allumer le poste de télévision de peur d’entendre encore de mauvaises nouvelles. Toutes ces vies arrachées, jour après jour, ça me fend le cœur. J’ai peur, confia Lise.

– C’est épouvantable, en effet, répondit Marie. Les sentiments que tu ressens, Lise, sont parfaitement naturels face au climat de violence et de haine qui règne en ce moment. Qui pourrait dire le contraire ?

– Mais, tu sais, Lise et moi, nous aimerions avoir ton optimisme, ta paix intérieure, cette paix qui te permet de prendre du recul, de garder la tête haute, confiante en l’avenir. Depuis que nous te connaissons, nous avons constaté combien ta capacité à rebondir est impressionnante, déclara Sabrina.

– La résilience, on la porte tous en nous. On est tous capable de se reconstruire après un traumatisme, répondit Marie. Mais, dites moi, et si on parlait de choses plus rigolotes, plus futiles, histoire de se changer les idées et que je puisse enfin revoir vos visages s’illuminer de vos magnifiques sourires ! Regardez,  je vous ai préparé vos petits gâteaux préférés, laissez-vous tenter et régalez-vous ! Un peu de douceur nous fera le plus grand bien, ne croyez-vous pas ?!

Leur tendant l’assiette, Marie les invita à se servir. Puis, elle se dirigea vers la cheminée dans laquelle de belles flammes dansaient au milieu des crépitements du bois sec. Elle fit mine de raviver le feu, son esprit étant assailli de questions toutes autres.

Si elles savaient, comment réagiraient-elles ? Se moqueraient-elles ? Devrait-elle craindre leurs airs dédaigneux, leurs sourires méprisants ? Ou alors lui laisseraient-elles l’occasion de s’exprimer, manifestant cette tolérance tant acclamée de tous ? Essaieraient-elles de la comprendre sans parti pris ni préjugé ? se demanda-elle.

Des questions, toujours ces mêmes questions qui ne cessaient de se bousculer dans sa tête. Elle aimerait tant le leur dire, leur révéler son secret. Elle entendait encore l’une d’entre elles s’exclamer, il n’y a pas si longtemps : « Mais comment arrives-tu à rester si sereine face à tout ce qui se passe ? » Le cœur battant, elle lui avait souri, la réponse au bord des lèvres. Ce jour-là, son secret avait bien failli lui échapper. Mais, esquivant la question, elle s’était reprise à temps.

Ensuite, elle s’en était voulu. Comme à chaque fois, la culpabilité avait pointé le bout de son nez et sa conscience l’avait taraudée. Avait-elle le droit de cacher à ses amies son ingrédient miracle qui faisait que sa vie valait la peine d’être vécue même quand elle paraissait, aux premiers abords, si sombre ?

Le monde devenait fou. Comme elles, elle avait peur parfois. La souffrance de son prochain, loin de la laisser indifférente, la prenait aux tripes, lui donnant la nausée et lui ôtant le sommeil. Mais elles avaient raison, elle restait confiante en l’avenir, convaincue que les choses allaient s’arranger.

En y réfléchissant, l’origine cachée de son espoir pourrait très vite être dévoilée. Il suffirait que Lise et Sabrina poussent la porte de sa chambre pour découvrir le premier indice. Il reposait sur sa table de chevet sous la forme d’un livre épais aux pages très fines. C’était un livre ancien, très ancien même. A certaines époques, des hommes et des femmes avaient été persécutés et mis à mort pour le simple fait de l’avoir possédée. En Europe, il avait été le tout premier livre à être imprimé en caractères mobiles par Gutenberg.

Elle aimait en lire quelques passages, le soir, avant de s’endormir. Certains versets plus que d’autres l’apaisaient et l’aidaient à envisager l’avenir avec optimisme : Isaïe 41 : 10 : « N’aie pas peur maintenant, car je suis avec toi. Ne lance pas ces regards inquiets, car ton Dieu, c’est moi. Je viens te rendre courage, j’arrive à ton secours et je te protège, ma main droite tient sa promesse. » Révélation 21 : 4 : « Il essuiera toute larme de leurs yeux. Il n’y aura plus de mort, il n’y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur. En effet, les choses anciennes auront disparu. »

Ce premier indice les mènerait peut-être au second puis au troisième. En voyant ce livre près de son lit, en déduiraient-elles qu’elle croyait en Dieu. Et si elle avait foi en Dieu en concluraient-elles qu’il était probable qu’elle s’adresse à Lui par la prière ? Verraient-elles dans la combinaison de ces trois éléments la source de son espoir ?

– Marie, tu as l’air bien songeur. Ça fait deux fois que je te pose une question et que tu sembles ne rien entendre.

– Oh, excuse-moi Lise. J’avais la tête ailleurs. Qu’est-ce que tu disais ?

– Je disais qu’en ce moment je fais du tri dans les affaires de ma défunte grand-mère. Et sais-tu ce que j’ai trouvé parmi ces effets personnels ?

– Non, quoi ?

– Une Bible.

– Ah… Et que vas-tu en faire ?

– Ma première idée a été de la proposer à un brocanteur. Mais ensuite, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant d’y jeter un coup d’œil avant.

Marie leva les yeux vers le ciel remerciant Dieu tout bas.

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16 réflexions sur “L’espoir de chevet

  1. Quel joli texte (sans compter la touche d’humour à la fin ;)). Etant moi même croyante et lisant la Bible je ne suis jamais tombée sur un article comme le tient dans la blogosphère. Parfois j’ai envie de parler de cet aspect de ma vie sur mon blog mais je ne sais pas.. la pudeur, la peur du jugement… me bloquent. Merci pour ce texte, il m’encourage (c’est con hein), me réconforte et m’inspire; Qui sait peut-être mes mots toucheront aussi de vies comme les tiens avec la mienne.

    Toujours un plaisir de te lire

    Aimé par 1 personne

    • Merci !!! Je crois qu’être croyante et lire la Bible n’est pas toujours bien perçu dans notre pays. C’est pourquoi je comprends que tu puisses ressentir une certaine appréhension à l’idée d’en parler. Je t’avoue que moi-même j’ai beaucoup hésité avant de mettre ce texte en ligne… Et puis, je me suis dis qu’après tout je ne risquais pas grand chose… Je crois qu’il faut être fière de ses convictions et apprendre à se libérer du regard des autres, de leur jugement. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, je suis bien d’accord ! En tout cas, ton com me fait très très plaisir ! Bisous

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  2. Une belle ode à la foi Karine. Je crois que c’est la prière, la présence de Dieu dans ma vie qui m’aide moi aussi à faire face, assez sereinement parfois. Seul Dieu donne un sens à tout ce chaos. Merci d’en parler d’une si jolie manière. C’est beau.

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  3. Bonjour chère Miss. Très joli texte vraiment. Moi je ne suis pas croyante, plutôt agnostique. Mais j’aime les personnes qui ont des convictions et les partage. C’est en dialoguant et en échangeant qu’on avance. Et puis croire en Dieu c’est une force pas une tare. Bravo ma jolie Miss. On en redemande. J’espère que tu vas bien. Passe une bonne journée Miss et à demain. Bisous.

    Aimé par 1 personne

    • Je suis bien d’accord avec toi, Isabelle ! J’aime le dialogue, quelques que soient nos convictions, c’est tellement enrichissant, je trouve ! Merci infiniment d’avoir apprécié ce texte, vraiment ça me touche ! Plein de bises.

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  4. J’ai eu des frissons en lisant ce texte. Ces questions que Marie se pose me tracassent aussi parfois. Ce n’est pourtant pas vraiment un secret parce que je l’annonce sans détour que je crois et que Dieu m’accompagne chaque jour de ma vie. Si certaines personnes peuvent prétendre ne pas croire, pourquoi ne pourrions-nous pas dire avec beaucoup de douceur que nous croyons ? Sans le revendiquer, en espérant la même tolérance et le même amour en retour de la tolérance et l’amour que nous offrons. La Bible est un trésor, un havre de paix. On y lit des choses qui nous font réfléchir, qui nous rassurent. C’est le livre de l’Amour et de la Vie. Merci, pour ce très joli texte !

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  5. Je crois que nous sommes nombreux à nous poser ces questions parfois… Pourtant, comme tu le dis, espérer la tolérance est la moindre des choses. J’aime ta façon de considérer la Bible, ce livre sacré et précieux ! Merci infiniment pour ce très beau commentaire ma belle Julie. Je t’embrasse.

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  6. La bible m’accompagne depuis longtemps. Peut être parce qu’ici en Cévennes les guerres de religions étaient encore présentes( 300 ans plus tard) pendant mon enfance, et qu’on était soit d’un côté ou de l’autre, mais toujours sans jugement. Lors de mes années en tant que soignante la foi m’a souvent aidée à accepter des situations pas faciles. Mais il est vrai que je ne le revendique pas, et à part mes intimes, peu le savent, par contre si le sujet arrive sur la table je le mentionne sans m’y attarder.

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