Un week-end aigre-doux

La cloche retentit comme une délivrance ce matin-là. Le week-end était enfin arrivé ! J’aimais l’école mais il ne fallait pas abuser. A un moment donné, il fallait savoir fermer livres et cahiers pour enfourcher mon vélo et me laisser enivrer par le bon air frais de ce début de printemps. Je m’empressai donc de ranger mes affaires, dégringolai les escaliers et saluai mes camarades d’un geste rapide de la main.

Au portail, j’attendis en trépignant mon petit frère dont la classe n’était pas encore sortie. Quand je le vit enfin apparaître, j’eus l’impression qu’il marchait encore plus lentement que d’habitude, un vrai escargot.

– Allez, dépêche-toi, lui lançai-je, il faut encore passer récupérer la petite !

J’avais dix ans. Aînée de trois enfants, je me voyais régulièrement confier par mes parents de nombreuses responsabilités dont celle de veiller sur mon frère et ma sœur sur le chemin de l’école. Je prenais toujours mon rôle très au sérieux. Me sentant investie d’un certain pouvoir, je n’hésitais pas à donner des ordres quand le besoin s’en faisait sentir. Dociles, mon frère et ma sœur m’obéissaient sans rechigner.

Je m’apprêtais à rejoindre l’école maternelle quand j’entendis une voix m’appeler. Surprise, je tournai la tête et vis ma mère qui était là, sur le trottoir, me faisant de grands signes. « Incroyable, maman est venue chercher la petite ! » me dis-je tout bas. « C’était bien la première fois… » Mon père était là, lui aussi, assis au volant de la voiture, attendant que la famille soit au complet pour pouvoir démarrer.

Une fois dans la voiture, ma mère se tourna vers nous et nous dit :

– Nous ne rentrons pas à la maison. Papa et moi, nous allons vous déposer chez Martine. Elle vous gardera pour le week-end.

– Chouette ! On s’amuse toujours trop bien chez elle ! Mais vous, vous allez où ? m’écriai-je.

– Nous allons voir papi et mamie.

– Mais pourquoi on ne peut pas venir les voir avec vous ?

– Papi est malade, il est à l’hôpital. Il a besoin de repos.

– Ah… Vous lui ferez plein de gros bisous de ma part, n’est-ce pas ?! J’espère qu’il guérira très vite !

– Oui, nous le lui dirons.

Au bout d’un quart d’heure de route, nous arrivâmes  chez Martine qui nous accueillit les bras grands ouverts. Ce que j’aimais particulièrement dans sa maison, c’était la bibliothèque. Jamais, je n’en avais vu une aussi immense que celle-ci ! Des livres, des livres et encore des livres. Il y en avait partout. Mon week-end s’annonçait encore plus intéressant que prévu me dis-je, inconsciente des nuages noirs qui se profilaient à l’horizon.

Le samedi se passa donc de façon forte agréable. L’après-midi, profitant du temps clément, nous jouâmes dehors. Puis, une fois le soir venu, les jeux de société vinrent s’empiler sur le tapis bien moelleux du salon. Enfin, avant de monter me coucher, je choisis une bande-dessinée de Tintin pour livre de chevet, bien décidée à finir cette journée hors du commun en beauté.

Le lendemain matin, je me levai tôt. Une fois mon petit-déjeuner avalé, j’allai m’habiller tout en pensant à mes parents qui commençaient à me manquer un peu. Puis vers dix heures, le téléphone retentit dans la grande maison. J’entendis Martine répondre puis m’appeler.

– Tiens, ma chérie, c’est ta maman, elle veut te parler, me dit-elle en me tendant le combiné.

– Allô, maman, c’est toi ?!

– Oui, ma grande, c’est maman. Comment vas-tu ? Et ton frère ? Et la petite ? Vous êtes sages au moins ?

– Mais oui, tout va bien ! Et papi, il va mieux ?

– … Oui, il n’a plus mal maintenant…

– Quand est-ce qu’on pourra aller le voir tous ensemble ?

– … Tu sais, ma grande, papi n’est plus là… Mais on le reverra… On le reverra dans le Paradis…

– …

– Sois courageuse, ma grande fille, et ne dis rien à ton frère et à ta sœur, c’est d’accord ?

– … D’accord…

– Allez, ne t’inquiète pas, on revient vous chercher très vite. Gros bisous à tous les trois.

– Bisous.

Je rendis le combiné à Martine d’une main tremblante et m’enfuis me réfugier dans ma chambre.

Je voulus laisser libre cours à mes larmes que j’avais déjà bien assez retenues afin de ne pas faire de la peine à ma mère, au téléphone. Mais j’eus peur d’être surprise pas mon frère et ma sœur qui ne comprendraient pas mon état d’âme. Pourtant j’avais tant de peine. Mon cœur était si lourd. Et cette douleur au niveau de l’estomac, comme si j’avais reçu un coup de poing qui m’aurait pliée en deux.

Alors, j’allai me cacher. Entre le mur et le lit, par terre, je m’assis, me recroquevillant sous le poids d’un secret beaucoup trop lourd pour moi. Là, à l’abri des regards, je pleurai amèrement. « Pourquoi me l’avoir dit au téléphone ? Pourquoi ne pas avoir attendu d’être prêt de moi ? J’aurai tant besoin d’être consolée. » Pour une fois, j’aurais bien troqué ma place d’aînée pour celle de cadette ou de benjamine. Mais c’était trop tard. Je savais maintenant. J’étais au courant. Et je ne devais rien dire. Ne rien laisser voir. Que mon frère et ma sœur puissent passer un bon week-end était tout ce qui importait maintenant.

Alors, reniflant  et essuyant mes larmes du revers de la manche, je me remis sur les pieds, respirai un grand coup, prête à affronter ma nouvelle responsabilité pour le bien des plus petits.

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Crédit photo http://www.ivanne-s.fr

Une punition qui tourne bien

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Cette année-là, ils avaient dû se donner le mot. Peut-être était-ce un acte de rébellion contre l’autorité parentale, une bravade juste pour tester leur réaction. Dans tous les cas, les résultats étaient là, étalés sur la table de la cuisine sous les yeux ahuris des parents. Le facteur les avait déposés dans la boîte aux lettres le matin même.

La grande de seize ans, habituellement bonne élève, redoublait sa classe de 2nde, sans avoir la possibilité de faire appel de la décision du conseil de classe. Le cadet, lui, redoublait sa 5ème. Quant à la petite dernière, elle passait de justesse. Il était clair, aux yeux des parents, que leurs enfants avaient faits de cette année scolaire une année sabbatique.

Il fallait agir. Leur faire passer le goût des mauvaises notes était primordial ! Ils en discutèrent donc en couple et, à la fin de la semaine, leur décision était prise.

Chaque été, pour les vacances, la famille avait coutume de partir camper dans des campings tout confort. Une année à la mer, une année à la montagne, toujours dans des endroits très touristiques, fourmillant d’animations pour les petits et les grands. Mais cet été-là, il en irait autrement, décidèrent-ils. Pour leur punition, ils iraient dans un camping municipal à Besançon.

Quand les enfants apprirent la destination de leurs vacances, leurs visages s’allongèrent sous l’effet de la déception. Ils se mirent à bouder tout en maugréant des termes inintelligibles. Mais les parents tinrent bon et bientôt la caravane fut prête à être tractée.

Le voyage se passa dans un silence pesant. Les enfants se demandaient à quoi ils allaient pouvoir occuper leurs journées une fois arrivés dans cette ville dont ils avaient vaguement entendu parler, tandis que les parents, eux, espéraient que cette expérience leur serve de leçon et les incite à travailler davantage à l’école dès la rentrée prochaine.

Une fois arrivés sur leur emplacement de camping, ils s’affairèrent à monter la caravane et le haut-vent dans lequel ils installèrent la chambre pour le cadet. Ensuite, ils s’attaquèrent au montage de la tente pour les deux filles. Quand ils eurent terminé, ils firent le tour du camping pour voir où ils allaient passer les deux prochaines semaines. Les parents furent ravis, ce qu’ils découvrirent contribuait largement au bon fonctionnement de leur plan de discipline. Les enfants, eux, n’en furent que plus moroses.

Les jours qui suivirent furent d’un ennui mortel. Rien ne se passait dans ce camping. Les journées se ressemblaient toutes et paraissaient si longues !

Et puis, un beau matin vit apparaître un drôle de trio. Drôle pour les enfants, un peu moins drôle pour les parents. Un jeune homme, sa compagne et leur chien, un énorme berger allemand. Tout de noir vêtus, ils arrivèrent dans un bruit assourdissant, juchés sur leur moto, une 125, tractant une petite remorque fait de bric et de broc dans laquelle trônait leur meilleur compagnon, la langue au vent.

Ils plantèrent leur tente de fortune dans l’emplacement voisin du leur et commencèrent leur petite vie estivale. Ce qui plaisait particulièrement aux enfants, c’était de les voir, chaque matin, devant leur tente, s’entraîner au nunchaku, cette arme d’art martial constituée de deux bâtons reliés par une chaîne. Leurs nouveaux voisins faisaient preuve d’une dextérité à couper le souffle. Pendant que les enfants les regardaient avec des yeux émerveillés, impressionnés, les parents fronçaient les sourcils, inquiets. L’enthousiasme des enfants monta encore en intensité quand ils se virent proposer de s’essayer à la manipulation de cette arme incroyable. Le jeune homme au blouson noir s’improvisa donc professeur de nunchaku et s’il avait dû donner des notes aux progrès de ses trois élèves celles-ci auraient atteint des sommets tant leur motivation était grande.

Les parents, de leur côté, essayaient tant bien que mal, de les éloigner de ce qu’ils appelaient de « mauvaises fréquentations ». Ils en vinrent même à changer leur plan en prévoyant une journée de canoë sur le Doubs ainsi que des visites de lieux historiques. Mais leur rapprochement avec le drôle de trio allait encore se faire plus intime.

Un soir, il se mit à pleuvoir sans discontinuer jusqu’au petit matin. Les vertes étendues du camping se changèrent, en l’espace d’une nuit, en immenses flaques de boue.  Heureusement, la caravane, la chambre d’haut-vent et la tente des filles étaient d’excellente qualité si bien que toute la famille resta bien au sec malgré les assauts de la nature. Mais pour le drôle de trio, il en fut bien autrement. Leur tente s’effondra et ne fut plus qu’une masse informe de tissu mouillé et boueux, les laissant transis et sans-abri. Le couple de motard décida donc de demander asile à la famille aux pieds secs qui ne pût refuser, par humanité, de leur venir en aide. Ils s’entassèrent donc tous les sept dans la caravane et installèrent le chien dans le haut-vent. Les enfants étaient ravis. Ils riaient, excités à la pensée de passer encore plus de temps aux côtés de ce couple à la drôle d’allure.

Au fil des heures, les parents se déridèrent et se mirent à sourire devant les blagues et les anecdotes hors du commun de ce couple inattendu. Ensemble, ils prirent leur repas et décidèrent de les loger pour la nuit suivante. L’ambiance était simple et agréable, sans prise de tête. Ça faisait du bien de partager ces moments tous ensemble. Les vacances, après tout, c’était ça, la rigolade, les surprises, les rencontres.

Le lendemain, le temps ne s’améliorant pas, et le camping manquant de devenir un immense lac, la famille et le couple de motard décidèrent de plier bagages et d’écourter leur séjour. Chacun s’affaira, de son côté, au nettoyage et au rangement de leurs affaires. Quand tout fût prêt pour le départ, ils décidèrent, d’un commun accord, de se suivre jusqu’à l’entrée de l’autoroute afin de retarder leur séparation. Puis, le moment de se dire adieu arriva. Alors, grands signes de la main, klaxons, et sourires éclatèrent de part et d’autre.

La voiture pris de la vitesse. Dans la lunette arrière, les enfants ne quittèrent pas des yeux leurs nouveaux amis jusqu’à ce qu’ils disparaissent à l’horizon. Puis, ils se retournèrent, s’assirent confortablement dans la voiture, heureux.

Ils n’avaient jamais passé d’aussi bonnes vacances !

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Crédit photo coupdepouce.com

La piste du bonheur

C’était une autre époque. Une époque pas si lointaine, mais une autre époque tout  de même. C’était au temps des bals musette, des bals en plein air. Qu’est-ce que j’aimais en rencontrer un, posé là, au détour d’une rue piétonne, tels une parenthèse, un grain de folie dans les rouages bien réglés d’une vie beaucoup trop sérieuse !

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Elisabeth Kate Photography

Entre un père militaire, plus enclin à donner des ordres que des baisers, et une mère au foyer, plus prompt à dégainer le martinet que le bâton de sucre d’orge, je ressemblais parfois à ces poupées de porcelaine toujours sages et bien mises, les yeux grand ouverts, mais incapables de bouger.

Il m’arrivait souvent de me demander s’ils s’aimaient ces deux là. Etait-il possible de s’aimer sans geste tendre ou mot doux ? Pourquoi ne se prenaient-ils jamais dans les bras, ne se tenaient-ils jamais la main ? Ces questions dansaient dans ma tête me rendant un peu anxieuse et cela d’autant plus quand je les surprenais en train de s’adonner à leur passe-temps favoris : la dispute.

Quand j’étais couchée, le soir, dans mon lit aux barreaux blancs et boules dorées, j’entendais leurs éclats de voix. Je ne comprenais pas ce qu’ils se reprochaient l’un l’autre, mais mon imagination allait bon train, si bien que le matin, quand je descendais les escaliers afin de rejoindre ma maman pour le petit-déjeuner, j’entendais déjà les mots tant redoutés : « Papa et moi, on divorce ».

Pourtant ces mots, je ne les entendis jamais. Mon imagination me jouait des tours et c’était tout.

Mais voilà pourquoi j’aimais tant les bals et autres pistes de danse. Ils avaient un pouvoir extraordinaire, celui de rapprocher les gens, les couples, les parents.

De multiples fois, j’avais pu observer la comédie qui se jouait devant moi en ces occasions bénies. Mon père, tout d’abord, fidèle à lui-même, s’efforçait de rester indifférent face à l’agitation bonne enfant qui l’entourait soudain. Mais l’éclat subit de ses yeux, l’ébauche d’un demi-sourire et un léger frémissement de tout son corps le trahissaient sans laisser la moindre place au doute. Son envie de s’élancer sur la piste était  palpable. Quant à ma mère, la question ne se posait même pas. Il suffisait de la voir regarder les couples danser, puis d’observer son visage tendu vers celui de mon père, pour deviner ce qui allait se passer.

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Photo trouvée sur http://www.oncewed.com

D’un même mouvement, ils se tournaient alors vers moi, m’ordonnaient de ne pas bouger, et s’élançaient enfin vers la piste du bonheur. Regarder mon père, ma mère sur les talons, se frayer un chemin parmi la foule rassemblée était, pour moi, un moment d’une rare intensité. Ce qui était drôle, c’était de voir ma mère marcher sur la pointe des pieds, en sautillant, devenue subitement aussi légère qu’une plume. C’était comme si, elle se serait alléger d’une lourde carapace qu’elle aurait déposée à mes pieds s’octroyant un plaisir tant fugace que réparateur.

Une fois sur la piste, mon père prenait les rennes menant la danse d’une main de maître. Ses gestes étaient vifs, fermes et précis. Entre ses mains, ma mère tournoyait d’un côté puis d’un autre, ses longs cheveux dessinant des arabesques étranges. C’était beau, touchant. Pour moi, c’était rassurant. J’étais fière d’eux. Ils formaient le plus joli couple de la terre.

A mes pieds, gisaient leurs carapaces que j’aurais souhaité soulever  pour les jeter au fin fond de la Meuse qui passait pas bien loin. Mais celles-ci étaient si lourdes ! Alors, l’espace d’une danse, je décidais de les ignorer, bien décidée à me délecter de ce moment précieux qui, j’en étais convaincue, resterait gravé longtemps dans ma mémoire, très longtemps même…

 

 

Le placard

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C’était un placard tout ce qu’il y a de plus banal. Une pièce étroite, sans fenêtre. On n’y rentrait pas plus de deux personnes à la fois, et encore, à la queue leu leu. Une méchante ampoule pendait au plafond éclairant les rayonnages d’une lumière un peu jaunie. Une odeur de renfermé et de papier venait chatouiller les narines de celui qui s’y aventurait. C’était un placard quoi. Un placard comme on en a tous chez soi.

Mais pour lui et pour moi, il était beaucoup plus que ça…

Pour mon frère et moi, il était The Placard.

Nous étions petits, en ce temps-là, mais aujourd’hui encore, il nous arrive de penser à cet endroit avec un sourire complice.

A cette époque-là, personne ne se doutait que cette petite pièce, quelque peu délaissée, était régulièrement le témoin muet d’un rituel, enfantin, certes, mais pour le moins essentiel à un amour fraternel profond et durable.

Comme tous les enfants d’une même fratrie, il nous arrivait assez souvent de nous disputer, de nous chamailler, de nous dire des choses pas bien sympas. Alors nous nous faisions la tête, nous nous boudions, ignorant l’autre et refusant de lui adresser la parole. Nous partions chacun de son côté, énervés et les larmes au bord des yeux.

Mais voilà, il était mon frère. Il était mon ami. Il était mon complice. Nous faire la tête se révélait être un supplice qui nous rendait malheureux.

Alors pour remédier à notre différent du moment, nous avions trouvé une parade : The Placard !

Après nous être un peu calmés, chacun dans son coin, l’un de nous deux se rendait dans le placard et attendait l’autre. L’autre pouvait suivre de près ou bien se faire attendre, mais, dans tous les cas, on s’y retrouvait au bout de quelques minutes.

Une fois dans le placard, la porte refermée derrière nous, nous nous regardions, l’air penaud et les lèvres pincées. On ne cherchait plus à savoir qui avait tord ou qui avait raison, qui avait commencé la dispute ou pas, non, si on était là, tous les deux, dans ce placard, c’est que nous avions déjà décidé de faire la paix, de pardonner, d’oublier, d’effacer.

« On fait la paix ? » disait l’un.

« On fait la paix » répondait l’autre en tendant sa main que l’autre s’empressait de serrer.

Et c’était fini. Nos rancœurs restaient au placard d’où nous sortions le sourire revenu et le cœur plus léger.

J’aime à penser, aujourd’hui, qu’il existe nombre de placards de la réconciliation, tant pour les petits que pour les grands. Il suffit de faire taire son orgueil et d’en pousser les portes pour en connaitre toutes leurs merveilles.

Je ne suis pas une enfant de la télé. Et alors ?!

Enfant de la téléChez mes parents, nous n’avions pas la télévision. C’était un choix réfléchi, une évidence.

Quand elle était petite, ma mère avait beaucoup souffert de l’intrusion de la télévision dans sa propre famille. Pour elle, il y avait eu l’avant et l’après télévision. Et l’avant télévision l’avait toujours laissée très nostalgique.

En effet, l’excitation et la curiosité suscitées par l’arrivée du petit écran lui laissèrent bien vite une sensation de frustration et d’amertume quand elle s’aperçut qu’elle mettait un terme aux discussions animées qu’elle avait avec sa famille. Désormais, il fallait se taire et écouter presque religieusement les programmes proposés, et cela ne lui plaisait guère.

Alors qu’elle voulait parler, partager, s’exprimer, dès qu’elle ouvrait la bouche, tel un réflexe, elle voyait son père lever son doigt, le mettre devant la bouche et lui dire : « Chut, j’écoute ». Cela lui donnait envie de crier, de hurler, de lui dire : « Et moi alors, c’est quand que tu vas m’écouter ?! C’est moi ou la télé que tu aimes ? »

Comme une évidence, donc, une fois adulte, elle décida avec mon père de se passer de l’importune. Et nous, les enfants, ont avaient beau la lui réclamer de temps en temps, rien ne la faisait fléchir. Alors on s’en passa. Etions-nous malheureux pour autant ? Absolument pas ! On jouait beaucoup dehors avec nos petits voisins. On faisait du vélo, on laissait libre cours à notre imagination et on inventait des jeux tous plus savoureux les uns que les autres. On ne s’ennuyait jamais. Tout était prétexte à amusement. Aujourd’hui encore, je garde de cette période de ma vie comme un goût de miel, une douceur de vivre, une insouciance qui me sont chers.

En matière de télévision, on n’était pas complètement « ignare » pour autant. Car chaque fois qu’on se rendait chez nos grands-parents, c’est-à-dire pendant les vacances scolaires, les samedis soirs et parfois les mercredis après-midi, on disait qu’on allait faire notre « cure » de télé. Et c’est vrai, qu’on restait scotché devant, des heures durant, avides de voir les dessins animés et les films dont parlaient nos camarades d’école.

Ainsi mes années d’enfance et d’adolescence s’écoulèrent loin du monde télévisé, mais proche des livres, de la musique et de la nature.

Maintenant adulte, je peux le dire, je n’éprouve aucun regret, aucun manque de ne pas avoir été élevée devant la télé. Dans le même temps, je n’ai rien contre et suis d’accord pour dire que certaines émissions sont vraiment très intéressantes et enrichissantes. Comme toujours, tout est question d’équilibre…

Et vous, vous êtes enfant de la télé ou pas du tout ?!

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Source Pinterest

Le jour où j’ai rencontré la lâcheté pour la première fois

Longtemps, je me souviendrai de cette mauvaise rencontre tant elle m’a laissée comme un arrière-goût désagréable. J’aurai préféré ne jamais croiser son chemin, mais, très tôt, elle est apparue dans ma vie, si bien que je compris bien vite que le monde de M. Disney était très loin de la réalité. Les preux chevaliers venant te sauver au péril de leur vie, méprisant tous les dangers, étaient de la poudre de perlimpinpin.

Non, les garçons n’étaient pas tous courageux. Non, les garçons ne traitaient pas souvent les filles comme des princesses. Oui, ils pouvaient être lâches parfois et, oui, une fille ne devait pas toujours compter sur eux pour être protégée.

Mais je ne leur en veux plus. Je peux comprendre le pourquoi de leur comportement. C’est juste qu’ils m’ont profondément déçue. C’est juste que je ne m’attendais pas à faire sa connaissance à travers eux. Eux, mes chers voisins, avec qui je jouais dehors à une multitude de jeux aussitôt que possible.

Ils avaient deux ans de plus que moi. Ils étaient jumeaux. Je les trouvais grands et costauds. Souvent, c’est ensemble que nous allions à pied à l’école. Il m’arrivait de courir derrière eux pour les rattraper afin d’arriver au portail de l’école toute fière d’être en leur compagnie. Ils étaient vraiment très gentils et nous passions beaucoup de temps ensemble.

Mais ça, c’était avant cette terrible rencontre, avant mon face-à-face avec la lâcheté. Car après avoir fait sa connaissance, le regard que je portais sur eux a bel et bien changé. Je n’ai pu l’empêcher.

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Elle m’a prise par surprise, brutale et sans concession.

C’était un soir, vers 18 heures. Nous étions quelques élèves de CM2 – inscrits par nos parents pour faire nos devoirs à l’école – à sortir de l’établissement scolaire après une longue journée d’apprentissage. Fatiguée et pressée de rentrer chez moi, j’étais partie comme une flèche. Alors que je marchais sur le trottoir, un groupe de quatre garçons m’a accostée. Deux étaient à pied, les deux autres à vélo. Je reconnus immédiatement deux d’entre eux. Qui n’aurait pas reconnu les deux têtes brûlées de l’école, ces deux garçons dont la mauvaise réputation les précédait où qu’ils allaient ?

Au début, je pris le parti de les ignorer, essayant de poursuivre mon chemin, sans leur répondre ni même croiser leurs regards. Mais alors que je passais devant l’entrée d’une impasse, ils m’y poussèrent et bloquèrent le passage m’interdisant toute issue. Je ne pleurais pas. Je faisais la forte, celle qui n’avait pas peur. Mais je sentais mon cœur battre plus vite, ma gorge se serrer, mon ventre se tordre et mes genoux trembler.

Et puis, soudain, une pensée rassurante émergea dans mon esprit me redonnant une lueur d’espoir inattendue. Ils allaient passer devant l’impasse, mais oui, mes chers voisins étaient loin derrière moi quand j’étais sortie de l’école, ils n’allaient donc pas tarder à apparaître. Ils viendraient à mon secours en faisant fuir mes persécuteurs. Je reprenais donc de la vigueur et gardais contenance face aux bad boys.

Comme je m’y attendais, c’est avec un grand soulagement que je les vis bientôt surgir à l’embouchure de l’impasse dans laquelle je subissais insultes et intimidations. Ils allaient intervenir, c’était sûr. Plus que quelques secondes et j’allais pouvoir rentrer chez moi sans encombre. Mais c’était sans compter l’invitée surprise…

Je les revois encore tourner la tête vers moi, me regarder, ralentir le pas, puis détourner le regard et poursuivre leur chemin la tête basse. A ce moment précis, la lâcheté était apparue pour la première fois dans ma vie. Elle était laide, faisait piquer les yeux et donnait la nausée. Je l’ai tout de suite détestée.

Elle m’a laissée entre les mains de mes agresseurs, plus seule que jamais.

Heureusement pour moi, la conscience d’un des quatre garçons soudain se réveilla, si bien que j’entendis une voix dire au reste du groupe : « Allez, c’est bon, laissez-la tranquille. » Alors, le plus dur d’entre eux s’avança vers moi, me gifla brutalement et, emmenant sa bande avec lui, quitta l’impasse comme si de rien n’était.

Je restais toute tremblante dans ce sinistre lieu, abasourdie par les deux gifles que je venais de recevoir. L’une me brûlait la joue, l’autre le cœur…

Et vous, la lâcheté, l’avez-vous déjà rencontrée ?

Dans mes veines coule un parfum

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Dans mes veines coule un parfum

Un parfum aux multiples essences

Des essences si précieuses et si chères

Chères à mon cœur, chères à mon âme

*

Dans mes veines coule un parfum

Comme une odeur de vanille et de fleur de Tiaré

Fleur si belle dans mes cheveux d’enfant

Dont les premiers pas foulèrent un sable si noir

*

Dans mes veines coule un parfum

Une odeur de terre mouillée, trop arrosée

D’un cornet de frites, trop vite avalées

De béton et de murs fraîchement tagués

*

Dans mes veines coule un parfum

Ces senteurs tant aimées d’un livre qu’on respire

De l’encre bleue sur des lignes infinies

D’une poussière de craie dans un rayon de soleil

*

Dans mes veines coule un parfum

Un zeste d’anis dans des gâteaux-mamie

Un bol de lait chaud au sucre Candy

Une sauce tomate qui mijote doucement

*

Dans mes veines coule le parfum

Le parfum des souvenirs pas si lointains

Des origines, des lieux qui m’on vu grandir

Et de ceux qui ont fait que je sois

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Voici ma participation aux « Apéros Cosmiques »

de Aileza du blog Mes Billets Cosmiques.

Le thème :

« Ce qui coule dans mes veines »

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