Ce masque qu’elle aimerait voir disparaître

Elle regarde sa montre, 13h30, l’heure de se dépêcher si elle ne veut pas arriver en retard au bureau. D’un trait, elle avale son café en faisant une légère grimace. Depuis qu’elle a décidé de faire attention à son poids, fini le petit sucre roux dans le café. Elle regarde sa cuisine, tout est propre et bien rangé.
Dans la salle de bains, elle se lave rapidement les dents et vérifie son maquillage. Le miroir lui renvoie alors le reflet d’une jeune femme aux grands yeux tristes. Avec un petit effort, elle se voit sourire pour appliquer son rouge à lèvres.
Elle aimerait tant être plus gaie, sourire pour de vrai, retrouver son insouciance. Peut-être un jour cela sera-t-il à nouveau possible. Elle ne le sait pas, mais l’espère tout bas. Elle prie même Dieu pour cela quand, le soir dans son lit, ses yeux se remplissent de larmes qu’elle laisse couler doucement vers l’oreiller.
Tout est si calme dans l’appartement. Un visiteur pourrait croire qu’elle y est seule. Comment pourrait-on deviner que, dans le salon, assis sur le canapé, il est là, lui, l’amour de sa vie ? Il est là, les yeux dans le vague exprimant une totale indifférence à tout ce qui l’entoure.
Elle s’empare de son sac, de ses clés et s’avance vers lui.
 » Qu’est-ce que tu penses faire cet après-midi ?  » lui demande-t-elle.
 » Je ne sais pas.  » lui répond-il.
 » Tu as vu ce beau soleil ? Ça te ferait du bien de sortir un peu.
– Je n’ai pas envie de sortir.
– Et si tu invitais un de tes amis à venir boire un coup ?
– Je ne veux voir personne.
– Bon, il faut que j’y aille, je vais être en retard. « 
Elle se penche vers lui pour l’embrasser, mais il n’esquisse pas un geste. Alors elle se redresse et tristement quitte l’appartement.
Dans la voiture, elle serre les dents en allumant la radio et tout d’un coup les larmes se mettent à couler. Elle aimerait pouvoir les arrêter, mais comme à chaque fois, elle n’y parvient pas. Alors, machinalement, elle se met à conduire tout en s’essuyant les yeux et en espérant que son mascara ne coulera pas trop parce qu’elle sait qu’au bureau elle doit être au top, son chef le lui a bien fait comprendre quand il lui a dit récemment que les problèmes personnels ne doivent en rien influer sur son travail. Pourtant, elle a si peur pour lui, lui pour qui la vie a perdu toute saveur. La pensée qu’il puisse choisir de s’endormir pour toujours la taraude sans cesse et lui donne des crampes dans le ventre.
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Heureusement, sa journée va passer sans qu’elle s’en aperçoive. Surchargée de travail, elle n’aura guère le temps de laisser place à l’angoisse. C’est seulement en voyant doucement la nuit tomber, les réverbères s’éclairer, les derniers clients rejoindre leurs véhicules et ses collègues lui souhaiter une bonne soirée que sa boule au ventre se rappelle soudainement à elle.
Sa journée de travail terminée, la voilà qui roule vite maintenant, prenant les raccourcis qu’elle connaît par cœur, pressée de rentrer. Une fois arrivée, elle monte quatre à quatre les escaliers et légèrement essoufflée ouvre la porte de l’appartement. Sans prendre le temps d’enlever sa veste ni de poser son sac et ses clés, elle s’exclame d’une voix qu’elle veut enjouée :  » Chéri, je suis rentrée ! Où es-tu ?  »  » Au salon  » lui répond-il d’une voix sans timbre. En partie rassurée, elle l’y rejoint et comme elle s’y attendait le trouve assis à l’endroit exact où elle l’a laissé cinq heures plus tôt. N’osant lui poser des questions sur sa journée par peur de l’énerver, elle lui raconte son après-midi tentant de le faire sourire par quelques anecdotes rigolotes. Mais c’est peine perdue, aucune ébauche de sourire ne vient éclairer son visage autrefois si joviale. Comme un masque de tristesse, la dépression est venue se plaquer sur ce visage aimé.
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Elle m’a gâché la journée…

7h00 du matin, j’entends Chéri se lever, marcher à tâtons pour ne pas me réveiller, fermer la porte de la chambre derrière lui et descendre les escaliers. De la cuisine, me parviennent les bruits, quelques peu étouffés, de la machine à café en train d’offrir son nectar revigorant, du mug et de la cuillère à café posés sur la table et du froissement du paquet de céréales. D’habitude, ces petits bruits du matin me donnent envie de me lever à mon tour prête à me délecter d’une nouvelle journée de vie. 
Mais ce matin, je n’ai pas encore ouvert les yeux, et je sens déjà que cette journée va être longue. Dans ma tête, je sens les battements de mon cœur qui cognent encore et encore contre mes tempes. Cela fait si mal. Je tourne la tête et je sens comme une raideur dans la nuque qui irradie vers la mâchoire. Cela faisait quelques temps qu’elle m’avait laissé tranquille, mais aujourd’hui, elle a décidé de me prendre la tête. 
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Ma migraine est revenue et je sais qu’elle me tiendra compagnie pendant les trois prochains jours. Trois jours pendant lesquels, elle me fera perdre l’appétit, préférer la pénombre à la clarté, m’empêchera de m’adonner à la lecture et fera de mon écran d’ordinateur un écran de lumière éblouissant. Je ferais les choses au ralenti, je serais hypersensible au moindre bruit et mes cachets d’aspirine ne pourront rien contre ça.
Je me décide à me lever pensant que la douleur s’amenuisera avec la position debout. Mais je me trompe, la douleur se fait encore plus présente et me fait vaciller. Je me dirige machinalement vers la fenêtre, ouvre les volets, laisse la fenêtre entrouverte, rejette les draps au bas du lit et me dirige vers la porte. En descendant les escaliers, j’ai l’impression que ma tête va exploser tellement la pression est vive. Chéri me voyant dans cet état s’empresse autour de moi et me prépare gentiment mon petit-déjeuner. Il se fait attentionné et j’apprécie infiniment son empathie.
Toutes les choses que j’avais prévues de faire aujourd’hui perdent de leur intérêt, et je me sens tout bonnement incapable de les effectuer. Pour le repas de midi, je me contente de servir un plat de pâtes accompagné de champignons en espérant qu’il en restera pour le soir. La journée s’écoule très lentement, je bois des tisanes, je m’allonge sur le canapé du salon avec un plaid, car je frissonne. Incapable de réfléchir et de me concentrer, j’ouvre ma tablette règle la luminosité à minima et joue à Candy Crush ou Hay Day. Je ne résiste pas, pour autant, à aller faire un tour sur Hellocoton pour voir tous vos nouveaux billets, mais le courage me manque pour vous laisser des commentaires. Mais c’est promis, dès qu’elle me laissera tranquille je me rattraperais.
Il est 21h47, je conclu ce billet car j’ai la vue qui se brouille. Je m’apprête à aller me coucher…