Un week-end aigre-doux

La cloche retentit comme une délivrance ce matin-là. Le week-end était enfin arrivé ! J’aimais l’école mais il ne fallait pas abuser. A un moment donné, il fallait savoir fermer livres et cahiers pour enfourcher mon vélo et me laisser enivrer par le bon air frais de ce début de printemps. Je m’empressai donc de ranger mes affaires, dégringolai les escaliers et saluai mes camarades d’un geste rapide de la main.

Au portail, j’attendis en trépignant mon petit frère dont la classe n’était pas encore sortie. Quand je le vit enfin apparaître, j’eus l’impression qu’il marchait encore plus lentement que d’habitude, un vrai escargot.

– Allez, dépêche-toi, lui lançai-je, il faut encore passer récupérer la petite !

J’avais dix ans. Aînée de trois enfants, je me voyais régulièrement confier par mes parents de nombreuses responsabilités dont celle de veiller sur mon frère et ma sœur sur le chemin de l’école. Je prenais toujours mon rôle très au sérieux. Me sentant investie d’un certain pouvoir, je n’hésitais pas à donner des ordres quand le besoin s’en faisait sentir. Dociles, mon frère et ma sœur m’obéissaient sans rechigner.

Je m’apprêtais à rejoindre l’école maternelle quand j’entendis une voix m’appeler. Surprise, je tournai la tête et vis ma mère qui était là, sur le trottoir, me faisant de grands signes. « Incroyable, maman est venue chercher la petite ! » me dis-je tout bas. « C’était bien la première fois… » Mon père était là, lui aussi, assis au volant de la voiture, attendant que la famille soit au complet pour pouvoir démarrer.

Une fois dans la voiture, ma mère se tourna vers nous et nous dit :

– Nous ne rentrons pas à la maison. Papa et moi, nous allons vous déposer chez Martine. Elle vous gardera pour le week-end.

– Chouette ! On s’amuse toujours trop bien chez elle ! Mais vous, vous allez où ? m’écriai-je.

– Nous allons voir papi et mamie.

– Mais pourquoi on ne peut pas venir les voir avec vous ?

– Papi est malade, il est à l’hôpital. Il a besoin de repos.

– Ah… Vous lui ferez plein de gros bisous de ma part, n’est-ce pas ?! J’espère qu’il guérira très vite !

– Oui, nous le lui dirons.

Au bout d’un quart d’heure de route, nous arrivâmes  chez Martine qui nous accueillit les bras grands ouverts. Ce que j’aimais particulièrement dans sa maison, c’était la bibliothèque. Jamais, je n’en avais vu une aussi immense que celle-ci ! Des livres, des livres et encore des livres. Il y en avait partout. Mon week-end s’annonçait encore plus intéressant que prévu me dis-je, inconsciente des nuages noirs qui se profilaient à l’horizon.

Le samedi se passa donc de façon forte agréable. L’après-midi, profitant du temps clément, nous jouâmes dehors. Puis, une fois le soir venu, les jeux de société vinrent s’empiler sur le tapis bien moelleux du salon. Enfin, avant de monter me coucher, je choisis une bande-dessinée de Tintin pour livre de chevet, bien décidée à finir cette journée hors du commun en beauté.

Le lendemain matin, je me levai tôt. Une fois mon petit-déjeuner avalé, j’allai m’habiller tout en pensant à mes parents qui commençaient à me manquer un peu. Puis vers dix heures, le téléphone retentit dans la grande maison. J’entendis Martine répondre puis m’appeler.

– Tiens, ma chérie, c’est ta maman, elle veut te parler, me dit-elle en me tendant le combiné.

– Allô, maman, c’est toi ?!

– Oui, ma grande, c’est maman. Comment vas-tu ? Et ton frère ? Et la petite ? Vous êtes sages au moins ?

– Mais oui, tout va bien ! Et papi, il va mieux ?

– … Oui, il n’a plus mal maintenant…

– Quand est-ce qu’on pourra aller le voir tous ensemble ?

– … Tu sais, ma grande, papi n’est plus là… Mais on le reverra… On le reverra dans le Paradis…

– …

– Sois courageuse, ma grande fille, et ne dis rien à ton frère et à ta sœur, c’est d’accord ?

– … D’accord…

– Allez, ne t’inquiète pas, on revient vous chercher très vite. Gros bisous à tous les trois.

– Bisous.

Je rendis le combiné à Martine d’une main tremblante et m’enfuis me réfugier dans ma chambre.

Je voulus laisser libre cours à mes larmes que j’avais déjà bien assez retenues afin de ne pas faire de la peine à ma mère, au téléphone. Mais j’eus peur d’être surprise pas mon frère et ma sœur qui ne comprendraient pas mon état d’âme. Pourtant j’avais tant de peine. Mon cœur était si lourd. Et cette douleur au niveau de l’estomac, comme si j’avais reçu un coup de poing qui m’aurait pliée en deux.

Alors, j’allai me cacher. Entre le mur et le lit, par terre, je m’assis, me recroquevillant sous le poids d’un secret beaucoup trop lourd pour moi. Là, à l’abri des regards, je pleurai amèrement. « Pourquoi me l’avoir dit au téléphone ? Pourquoi ne pas avoir attendu d’être prêt de moi ? J’aurai tant besoin d’être consolée. » Pour une fois, j’aurais bien troqué ma place d’aînée pour celle de cadette ou de benjamine. Mais c’était trop tard. Je savais maintenant. J’étais au courant. Et je ne devais rien dire. Ne rien laisser voir. Que mon frère et ma sœur puissent passer un bon week-end était tout ce qui importait maintenant.

Alors, reniflant  et essuyant mes larmes du revers de la manche, je me remis sur les pieds, respirai un grand coup, prête à affronter ma nouvelle responsabilité pour le bien des plus petits.

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Crédit photo http://www.ivanne-s.fr

Une punition qui tourne bien

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Cette année-là, ils avaient dû se donner le mot. Peut-être était-ce un acte de rébellion contre l’autorité parentale, une bravade juste pour tester leur réaction. Dans tous les cas, les résultats étaient là, étalés sur la table de la cuisine sous les yeux ahuris des parents. Le facteur les avait déposés dans la boîte aux lettres le matin même.

La grande de seize ans, habituellement bonne élève, redoublait sa classe de 2nde, sans avoir la possibilité de faire appel de la décision du conseil de classe. Le cadet, lui, redoublait sa 5ème. Quant à la petite dernière, elle passait de justesse. Il était clair, aux yeux des parents, que leurs enfants avaient faits de cette année scolaire une année sabbatique.

Il fallait agir. Leur faire passer le goût des mauvaises notes était primordial ! Ils en discutèrent donc en couple et, à la fin de la semaine, leur décision était prise.

Chaque été, pour les vacances, la famille avait coutume de partir camper dans des campings tout confort. Une année à la mer, une année à la montagne, toujours dans des endroits très touristiques, fourmillant d’animations pour les petits et les grands. Mais cet été-là, il en irait autrement, décidèrent-ils. Pour leur punition, ils iraient dans un camping municipal à Besançon.

Quand les enfants apprirent la destination de leurs vacances, leurs visages s’allongèrent sous l’effet de la déception. Ils se mirent à bouder tout en maugréant des termes inintelligibles. Mais les parents tinrent bon et bientôt la caravane fut prête à être tractée.

Le voyage se passa dans un silence pesant. Les enfants se demandaient à quoi ils allaient pouvoir occuper leurs journées une fois arrivés dans cette ville dont ils avaient vaguement entendu parler, tandis que les parents, eux, espéraient que cette expérience leur serve de leçon et les incite à travailler davantage à l’école dès la rentrée prochaine.

Une fois arrivés sur leur emplacement de camping, ils s’affairèrent à monter la caravane et le haut-vent dans lequel ils installèrent la chambre pour le cadet. Ensuite, ils s’attaquèrent au montage de la tente pour les deux filles. Quand ils eurent terminé, ils firent le tour du camping pour voir où ils allaient passer les deux prochaines semaines. Les parents furent ravis, ce qu’ils découvrirent contribuait largement au bon fonctionnement de leur plan de discipline. Les enfants, eux, n’en furent que plus moroses.

Les jours qui suivirent furent d’un ennui mortel. Rien ne se passait dans ce camping. Les journées se ressemblaient toutes et paraissaient si longues !

Et puis, un beau matin vit apparaître un drôle de trio. Drôle pour les enfants, un peu moins drôle pour les parents. Un jeune homme, sa compagne et leur chien, un énorme berger allemand. Tout de noir vêtus, ils arrivèrent dans un bruit assourdissant, juchés sur leur moto, une 125, tractant une petite remorque fait de bric et de broc dans laquelle trônait leur meilleur compagnon, la langue au vent.

Ils plantèrent leur tente de fortune dans l’emplacement voisin du leur et commencèrent leur petite vie estivale. Ce qui plaisait particulièrement aux enfants, c’était de les voir, chaque matin, devant leur tente, s’entraîner au nunchaku, cette arme d’art martial constituée de deux bâtons reliés par une chaîne. Leurs nouveaux voisins faisaient preuve d’une dextérité à couper le souffle. Pendant que les enfants les regardaient avec des yeux émerveillés, impressionnés, les parents fronçaient les sourcils, inquiets. L’enthousiasme des enfants monta encore en intensité quand ils se virent proposer de s’essayer à la manipulation de cette arme incroyable. Le jeune homme au blouson noir s’improvisa donc professeur de nunchaku et s’il avait dû donner des notes aux progrès de ses trois élèves celles-ci auraient atteint des sommets tant leur motivation était grande.

Les parents, de leur côté, essayaient tant bien que mal, de les éloigner de ce qu’ils appelaient de « mauvaises fréquentations ». Ils en vinrent même à changer leur plan en prévoyant une journée de canoë sur le Doubs ainsi que des visites de lieux historiques. Mais leur rapprochement avec le drôle de trio allait encore se faire plus intime.

Un soir, il se mit à pleuvoir sans discontinuer jusqu’au petit matin. Les vertes étendues du camping se changèrent, en l’espace d’une nuit, en immenses flaques de boue.  Heureusement, la caravane, la chambre d’haut-vent et la tente des filles étaient d’excellente qualité si bien que toute la famille resta bien au sec malgré les assauts de la nature. Mais pour le drôle de trio, il en fut bien autrement. Leur tente s’effondra et ne fut plus qu’une masse informe de tissu mouillé et boueux, les laissant transis et sans-abri. Le couple de motard décida donc de demander asile à la famille aux pieds secs qui ne pût refuser, par humanité, de leur venir en aide. Ils s’entassèrent donc tous les sept dans la caravane et installèrent le chien dans le haut-vent. Les enfants étaient ravis. Ils riaient, excités à la pensée de passer encore plus de temps aux côtés de ce couple à la drôle d’allure.

Au fil des heures, les parents se déridèrent et se mirent à sourire devant les blagues et les anecdotes hors du commun de ce couple inattendu. Ensemble, ils prirent leur repas et décidèrent de les loger pour la nuit suivante. L’ambiance était simple et agréable, sans prise de tête. Ça faisait du bien de partager ces moments tous ensemble. Les vacances, après tout, c’était ça, la rigolade, les surprises, les rencontres.

Le lendemain, le temps ne s’améliorant pas, et le camping manquant de devenir un immense lac, la famille et le couple de motard décidèrent de plier bagages et d’écourter leur séjour. Chacun s’affaira, de son côté, au nettoyage et au rangement de leurs affaires. Quand tout fût prêt pour le départ, ils décidèrent, d’un commun accord, de se suivre jusqu’à l’entrée de l’autoroute afin de retarder leur séparation. Puis, le moment de se dire adieu arriva. Alors, grands signes de la main, klaxons, et sourires éclatèrent de part et d’autre.

La voiture pris de la vitesse. Dans la lunette arrière, les enfants ne quittèrent pas des yeux leurs nouveaux amis jusqu’à ce qu’ils disparaissent à l’horizon. Puis, ils se retournèrent, s’assirent confortablement dans la voiture, heureux.

Ils n’avaient jamais passé d’aussi bonnes vacances !

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Crédit photo coupdepouce.com

La piste du bonheur

C’était une autre époque. Une époque pas si lointaine, mais une autre époque tout  de même. C’était au temps des bals musette, des bals en plein air. Qu’est-ce que j’aimais en rencontrer un, posé là, au détour d’une rue piétonne, tels une parenthèse, un grain de folie dans les rouages bien réglés d’une vie beaucoup trop sérieuse !

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Elisabeth Kate Photography

Entre un père militaire, plus enclin à donner des ordres que des baisers, et une mère au foyer, plus prompt à dégainer le martinet que le bâton de sucre d’orge, je ressemblais parfois à ces poupées de porcelaine toujours sages et bien mises, les yeux grand ouverts, mais incapables de bouger.

Il m’arrivait souvent de me demander s’ils s’aimaient ces deux là. Etait-il possible de s’aimer sans geste tendre ou mot doux ? Pourquoi ne se prenaient-ils jamais dans les bras, ne se tenaient-ils jamais la main ? Ces questions dansaient dans ma tête me rendant un peu anxieuse et cela d’autant plus quand je les surprenais en train de s’adonner à leur passe-temps favoris : la dispute.

Quand j’étais couchée, le soir, dans mon lit aux barreaux blancs et boules dorées, j’entendais leurs éclats de voix. Je ne comprenais pas ce qu’ils se reprochaient l’un l’autre, mais mon imagination allait bon train, si bien que le matin, quand je descendais les escaliers afin de rejoindre ma maman pour le petit-déjeuner, j’entendais déjà les mots tant redoutés : « Papa et moi, on divorce ».

Pourtant ces mots, je ne les entendis jamais. Mon imagination me jouait des tours et c’était tout.

Mais voilà pourquoi j’aimais tant les bals et autres pistes de danse. Ils avaient un pouvoir extraordinaire, celui de rapprocher les gens, les couples, les parents.

De multiples fois, j’avais pu observer la comédie qui se jouait devant moi en ces occasions bénies. Mon père, tout d’abord, fidèle à lui-même, s’efforçait de rester indifférent face à l’agitation bonne enfant qui l’entourait soudain. Mais l’éclat subit de ses yeux, l’ébauche d’un demi-sourire et un léger frémissement de tout son corps le trahissaient sans laisser la moindre place au doute. Son envie de s’élancer sur la piste était  palpable. Quant à ma mère, la question ne se posait même pas. Il suffisait de la voir regarder les couples danser, puis d’observer son visage tendu vers celui de mon père, pour deviner ce qui allait se passer.

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Photo trouvée sur http://www.oncewed.com

D’un même mouvement, ils se tournaient alors vers moi, m’ordonnaient de ne pas bouger, et s’élançaient enfin vers la piste du bonheur. Regarder mon père, ma mère sur les talons, se frayer un chemin parmi la foule rassemblée était, pour moi, un moment d’une rare intensité. Ce qui était drôle, c’était de voir ma mère marcher sur la pointe des pieds, en sautillant, devenue subitement aussi légère qu’une plume. C’était comme si, elle se serait alléger d’une lourde carapace qu’elle aurait déposée à mes pieds s’octroyant un plaisir tant fugace que réparateur.

Une fois sur la piste, mon père prenait les rennes menant la danse d’une main de maître. Ses gestes étaient vifs, fermes et précis. Entre ses mains, ma mère tournoyait d’un côté puis d’un autre, ses longs cheveux dessinant des arabesques étranges. C’était beau, touchant. Pour moi, c’était rassurant. J’étais fière d’eux. Ils formaient le plus joli couple de la terre.

A mes pieds, gisaient leurs carapaces que j’aurais souhaité soulever  pour les jeter au fin fond de la Meuse qui passait pas bien loin. Mais celles-ci étaient si lourdes ! Alors, l’espace d’une danse, je décidais de les ignorer, bien décidée à me délecter de ce moment précieux qui, j’en étais convaincue, resterait gravé longtemps dans ma mémoire, très longtemps même…

 

 

« Viens, suis-moi dans mon petit coin de paradis »

Fatiguée et stressée, je m’étends enfin sur le canapé.

Je ferme les yeux et doucement inspire un air bleu.

Bleu comme la couleur de mon petit coin de paradis,

Celui qui surgit soudain devant moi, tel un mirage.

Ce lieu n’a rien d’imaginaire, mais existe bel et bien.

J’y ai goûté une fois, rien qu’une fois, mais ne l’ai jamais oublié.

Et aujourd’hui, mieux que n’importe quelle drogue,

Son souvenir me détend et me relaxe quand je m’y échappe.

Pas d’aéroport, ni passeport, d’un battement de cils j’arrive à bon port.

Elle est là, telle que je l’ai laissée, je la reconnais.

Sa courbe délicate, son sable roux si doux, ses cocotiers si hauts.

Le son des vagues venant s’y briser me berce agréablement,

Tandis que mon regard se perd dans l’azur du ciel

A la recherche d’un vaporeux nuage auquel j’imaginerai bien

Une forme et une histoire romantique.

Mais rien à l’horizon, rien que du bleu qui rejoint, dans un camaïeu,

l’eau si chaude de la mer des Caraïbes.

Au son de la musique zouk,

Sous un parasol de feuilles de palmiers séchées,

Déguster très lentement un sorbet coco,

Ou se laisser surprendre par l’effet euphorisant d’un planteur bien frais.

Revoir ces sourires si larges, ces couleurs si vives.

Se sentir belle en tongs et paréo, la peau douce et bronzée,

Les cheveux flottant librement dans le vent.

Un vent que soudain je perçois plus intensément

Tel le courant d’air que ferait une porte qu’on ouvre.

J’ouvre les yeux et je vois Chéri penché sur moi.

Il vient de rentrer. Fatigué, il me dit : « Tu as l’air reposé, toi ! »

Et moi de lui répondre : « Viens, suis-moi dans mon petit coin de paradis ! »

Source Pinterest
Source Pinterest / Plage de Grande-Anse près de Deshaies en Guadeloupe

Voici ma participation aux « Apéros Cosmiques »

de Aileza du blog Mes Billets Cosmiques.

Le thème :

« Mon petit coin de paradis »

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Dans mes veines coule un parfum

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Dans mes veines coule un parfum

Un parfum aux multiples essences

Des essences si précieuses et si chères

Chères à mon cœur, chères à mon âme

*

Dans mes veines coule un parfum

Comme une odeur de vanille et de fleur de Tiaré

Fleur si belle dans mes cheveux d’enfant

Dont les premiers pas foulèrent un sable si noir

*

Dans mes veines coule un parfum

Une odeur de terre mouillée, trop arrosée

D’un cornet de frites, trop vite avalées

De béton et de murs fraîchement tagués

*

Dans mes veines coule un parfum

Ces senteurs tant aimées d’un livre qu’on respire

De l’encre bleue sur des lignes infinies

D’une poussière de craie dans un rayon de soleil

*

Dans mes veines coule un parfum

Un zeste d’anis dans des gâteaux-mamie

Un bol de lait chaud au sucre Candy

Une sauce tomate qui mijote doucement

*

Dans mes veines coule le parfum

Le parfum des souvenirs pas si lointains

Des origines, des lieux qui m’on vu grandir

Et de ceux qui ont fait que je sois

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Voici ma participation aux « Apéros Cosmiques »

de Aileza du blog Mes Billets Cosmiques.

Le thème :

« Ce qui coule dans mes veines »

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Mon facteur et moi, au fil du temps…

Te souviens-tu de ce temps, pas si lointain, où, fébrile, l’oreille tendue, le cœur battant, tu guettais sa voiture jaune, ou peut-être son vélo, sa mobylette ? Te rappelles-tu de ces petits bruits caractéristiques qui te faisaient tressaillir et dégringoler les escaliers comme jamais aucune autre chose ne pouvait le faire ?

Moi, je me souviens…

Je me rappelle très bien quelle était mon excitation quand, pendant les vacances scolaires, j’attendais, chaque matin, la venue de mon facteur. J’aimais aller ouvrir la boîte aux lettres pour recueillir ses surprises comme autant de trésors. J’espérais toujours qu’une petite lettre me serait adressée, une lettre de mon grand-père, d’une amie, d’un copain…

Une année, en classe, je m’étais fait deux très bonnes amies. Nous formions un véritable trio de choc, si bien que, pour nous amuser, nous nous étions trouvé un nom : « les trois drôles de dames ». Mais, à chaque vacances, c’était un véritable calvaire de nous séparer. Alors, nous nous sommes promis de nous écrire tous les jours, et c’est ce que nous avons fait. Chaque matin, nous recevions nos lettres, nous y répondions dans la journée et les postions avant la dernière levée de courrier. C’était génial !

J’aimais aussi recevoir ces enveloppes aux odeurs exotiques, au parfum d’ailleurs. Souvent, elles étaient blanches avec les bords bardés de rouge et bleu, leur timbres étaient toujours exceptionnels et me faisaient voyager rien qu’en les regardant. Une venait du Kenya, de la part du gentil guide africain dont ma maman et moi avions fait la connaissance sur une plage de Mombasa. Cette autre venait d’Italie, d’un garçon qui deviendrait un jour mon ami, ou encore, des Etats-Unis, de cette afro-américaine qui adorait la France.

Et puis, il y avait toutes ces lettres de mes amis du nord de la France, ces amis qui me manquaient tant depuis le déménagement. Il ne se passait pas un mois sans que nous nous écrivions.

Il y eu aussi ce jour terrible pour la petite adolescente que j’étais. Ce jour-là, mon facteur, au lieu de déposer comme à son habitude le courrier dans la boîte aux lettres, sonna à la porte. Ma maman est allée ouvrir, moi sur les talons. Et là, franchement, je n’en menais pas large car mon facteur tendait à ma mère une lettre en lui disant qu’il ne comprenait pas pourquoi il voyait mon nom sur l’enveloppe mais accompagné d’une adresse différente à celle de mes parents. Ben oui, j’avais voulu recevoir cette lettre au domicile d’une amie pour éviter que mes parents ne puissent la lire car elle provenait d’un garçon qu’ils m’avaient formellement interdit de fréquenter… Ce jour-là, je crois bien que j’ai détesté ce facteur sans jugeote !

Et puis, il y eu ces lettres que je garde précieusement dans une jolie boîte en carton. Ces lettres là, il me plaît de les relire quelques fois pour me souvenir des débuts passionnés de ma relation amoureuse avec Chéri. On s’écrivait beaucoup. Par ces lettres, on se découvrait, se chamaillait, s’aimait, s’explorait, se confiait… On apprenait à se connaître…

Aujourd’hui, les temps ont changé. Maintenant, le papier a laissé place à l’électronique. Tout va beaucoup plus vite. Tout est instantané. Sms, mms, email, émoticônes, ont doucement remplacé les trésors des boîtes aux lettres. Je ne m’en plains pas, loin de là, je suis juste mélancolique…

Maintenant, je ne coure plus à la boîte aux lettres. Je ne suis plus aussi pressée d’entendre mon facteur arriver. Il m’arrive même d’oublier de prendre mon courrier pendant un ou deux jours. Pourquoi serais-je pressée d’aller récupérer des factures, des offres de prêts à la consommation, des publicités pour une nouvelle lessive ? Non, vraiment, la venue de mon facteur a perdu tout son charme…

Et pourtant, il arrive de temps en temps que son attrait d’autrefois resurgisse soudain quand je découvre, lovée entre deux journaux sans grand intérêt, la carte d’une amie, d’une fille que je n’ai jamais rencontrée mais dont je partage l’univers jour après jours, semaine après semaine. Cette fille là est une blogueuse qui, par sa carte, a réussi a défier le temps qui passe.

On pourrait donc concilier charme d’antan avec modernité du moment ?! Chouette alors ! Bon ben du coup, mon facteur a repris du galon ! Vite qu’il arrive…

Source Pinterest
Source Pinterest

Les mercredis chez mamie

On est mercredi, le jour de la semaine qu’elle préfère. Renonçant à une grasse matinée bien méritée, elle descend sans bruit les escaliers. Avant que toute la famille ne se lève, elle prend seule son petit déjeuner. Elle aime ce petit moment de tranquillité du matin, lorsque, savourant son bol de flocons d’avoine, elle émerge doucement de ses rêves.
Cette année, c’est à son tour de passer les mercredis chez sa mamie. L’année prochaine, le tour sera à son petit frère. Elle aime bien y aller. Et elle sait que sa mamie apprécie de rompre sa solitude grâce à sa présence. Comme elle la comprend ! Nous, on est cinq à la maison. Mais mamie, elle, est seule depuis que papi n’est plus là. Comme elle doit s’ennuyer ! En plus, elle n’a plus personne pour jouer avec elle, se dit-elle.
Sitôt son petit-déjeuner avalé, elle remonte dans sa chambre pour se préparer. Habillée avec un brin de coquetterie, elle regarde dans son joli petit cahier de texte les devoirs qu’elle a à faire pour le lendemain afin d’emporter ce qui est nécessaire. Chez sa mamie, elle se réservera un peu de temps pour les préparer. Sa mamie le comprend. Elle sait que bien travailler à l’école est important.
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Il est l’heure de partir. Après avoir salué le reste de la famille, elle s’en va guillerette attendre son bus. Et là, au bord de la route, elle se met à songer à la suite des évènements de la journée qui s’annonce. Car en fait, tous les mercredis se ressemblent. Mamie a ses petites habitudes.

Après que le bus l’aura déposé, qu’elle aura embrassée sa mamie toute souriante, elles prendront le petit porte-monnaie noir et le cabas sur roulettes et iront au bureau de tabac acheter le Télé 7 jours. De là, elles se rendront au supermarché où elles achèteront de quoi se préparer un goûteux petit plat. Une fois revenues, mamie préparera à manger pendant qu’elle fera ses devoirs pressée d’en être débarrassée. Elles mangeront tôt tout en regardant la télévision. Rassasiée, elle aidera sa mamie a débarrasser la table et lui proposera de faire la vaisselle. Et puis, mamie regardera son feuilleton  » Amicalement vôtre  » que rien ne lui ferait rater. Ensuite, elles joueront au loto sur ces petites cartonnettes de couleurs que mamie range bien précieusement. Pour le goûter, elle sortira sa grosse boîte carré en fer blanc, dans laquelle il y aura des  » gâteau-mamie « , ces  délicieux petits gâteaux parfumés à l’anis en forme de cœur, de rond ou de carré dont seule mamie connaît la recette. Elles regarderont des albums de photos, tout en parlant de ce que mamie appelle le  » bon vieux temps « , et l’heure de repartir arrivera trop vite. Car maman veut qu’elle rentre avant la tombée de la nuit.
Mais elle n’en est pas là, la journée ne fait que commencer. Et voilà son bus qui arrive…